Les états généraux font leur théâtre

Après une première réunion studieuse consacrée à la danse, voilà le théâtre. C'est certainement le plus gros morceau: les plus gros budgets et le plus d'artistes. Peut-on raisonnablement discuter de tout cela en trois heures ?

MARIE BAUDET et GUY DUPLAT

FICHE TECHNIQUE

Ces dernières années, le monde du théâtre fut particulièrement agité. Il a souffert d'un manque de moyens récurrents (le nouveau National et le Théâtre de la Place pour ne citer qu'eux réclament des moyens supplémentaires importants). L'avenir du National, son rôle dans le paysage théâtral (ne centralise-t-il pas trop de crédits?), la succession de Van Kessel ont agité les esprits. Mais d'autres théâtres sont en interrogation: on avait annoncé pour 2004 un processus de sélection pour trouver un successeur à Armand Delcampe à Louvain-la-Neuve; or, rien n'a encore été fait.

A l'intérieur du budget, un problème de saupoudrage: n'y a-t-il pas trop de théâtres subventionnés? Et n'aide-t-on pas, bien davantage, les institutions, voire les briques (en oubliant parfois les indexations!) que les hommes? Ceux qui font cavalier seul, des créateurs comme les «vieux jeunes» (Lorent Wanson, Charlie Degotte, etc.), qui n'ont pas reçu ou créé un théâtre, tirent toujours le diable par la queue en ne pouvant compter que sur des aides au projet. Les talents émergents, surtout s'ils pratiquent un art interdisciplinaire, ont toutes les peines du monde à recevoir des aides. Le grand nombre de comédiens, qui sortent des écoles chaque année, ne peut être «absorbé» par les compagnies et théâtres existants ou l'audiovisuel. Des «anciens» comme Sireuil et, demain, Van Kessel n'ont toujours pas de convention pour continuer à exercer leur créativité. Sans parler des conditions salariales «anormales» qui se pratiquent dans le métier, faute de moyens financiers suffisants.

Le décret des arts de la scène, censé revoir l'organisation des aides, est toujours en rade faute de certains arrêtés d'application. Les commissions d'avis continuent à travailler selon l'ancien décret. Leurs avis ne sont pas toujours suivis d'effets, qu'ils soient favorables (le dossier des hausses pour le Théâtre de la Place reste bloqué), ou défavorables (le Théâtre de Toone et la Ligue d'impro ont reçu des aides malgré l'avis de la commission). Parfois, des subventions sont accordées avant même la remise d'un avis définitif de la commission (la Valette).

Longtemps, on a accumulé nouvelles structures et nouvelles subventions, sans rien enlever. Mais cela peut arriver: le contrat-programme du Théâtre Baudouin-Bunton n'a pas été renouvelé, mais remplacé par une simple convention.

© La Libre Belgique 2005