En attendant les Etats généraux

Comme pour rappeler que le chantier reste ouvert, c'est avec quelques bruits de foreuses en fond sonore qu'a eu lieu au Théâtre des Martyrs, la présentation du bilan 2004 de «la production, de la promotion et de la diffusion cinématographiques et audiovisuelles» du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique.

A.Lo.

Comme pour rappeler que le chantier reste ouvert, c'est avec quelques bruits de foreuses en fond sonore qu'a eu lieu au Théâtre des Martyrs, la présentation du bilan 2004 de «la production, de la promotion et de la diffusion cinématographiques et audiovisuelles» du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique. Henry Ingberg, secrétaire général du ministère de la Communauté française, rappelait d'emblée que le secteur francophone belge «traverse une crise de croissance» : en 2004, le cinéma belge a remporté 135 prix dans divers festivals internationaux, six Belges sont nominés aux prochains Césars, le nombre de productions est en hausse... «Il faut suivre cette dynamique mais attention à l'essoufflement», allusion à la croissance constante des demandes d'aides à la production.

«Les statistiques, c'est comme les mini-jupes: elles montrent beaucoup mais cachent l'essentiel». La métaphore est de Roger Beeckmans, cinéaste et membre de la commission de sélection du film (chargée d'examiner les projets sollicitant des aides). Et l'essentiel, aux yeux de pas mal de professionnels présents, c'est que le nombre des projets aidés stagne (33 courts métrages, 21 longs métrages, 26 productions télévisuelles diverses), que certains de ceux qui sont acceptés sont ensuite écartés lors d'un second vote, faute d'un budget suffisant (3 longs métrages et 9 courts), que pour en sauver un ou deux de plus, on rabote les montants demandés par les autres (de 22pc en moyenne). Tout cela malgré un budget augmenté d'un million d'euros en cours d'année (pour un total de 8685232 euros).

Synopsis des Etats généraux

Pour la ministre de l'Audiovisuel et de la Culture, Fadila Laanan, ce premier bilan devant la profession est vite devenu le synopsis des prochaines rencontres prévues dans le cadre des Etats généraux de la Culture. Un synopsis parcouru de bonnes intentions, mais aux formules, hélas!, déjà éculées: un engageant «vous savez combien je suis sensible au cinéma» presqu'aussitôt suivi de l'antienne, martelée à l'envi, «il faut rester réaliste; le budget n'est pas extensible à l'infini». Et d'entendre, poliment et avec le sourire, doléances et récriminations, pour tout renvoyer au grand pow wow... dont deux des quatre dates annoncées tombent en plein festival de Cannes (où une bonne partie de la profession se déplace... ainsi que l'intéressée). Un couac involontaire, mais qui ne fait pas très sérieux.

Chantal Pirlot, présidente depuis deux ans de la commission de sélection du film, a annoncé de son côté son retrait (pour raisons personnelles et au vu d'autres responsabilités). Mais elle peut se réjouir à juste titre de la modification de la commission: désormais, trois groupes de lectures se partageront respectivement les longs métrages, les courts métrages et les documentaires. Quant au troisième collège, créé pour accueillir les demandes d'aides des réalisateurs «confirmés» (soit tout demande à partir du troisième film), la ministre a rappelé qu'il «fonctionne sur une base budgétaire fictive (NdlR: de l'ordre de 1,240 million d'euros en 2004). Ce n'est pas sain. Des mesures devront être prises à court terme.»

Sur la scène du théâtre, une banderole affichait «Le public mérite mieux que ce qu'il peut demander». On ne pouvait mieux résumer les pensées des créateurs présents.

© La Libre Belgique 2005