Le directeur de l'Unesco juge l'action de la Belgique

Le directeur général de l'Unesco, M. Koïchiro Mastsuura, était pour trois jours en visite officielle en Belgique. Il a ainsi rendu visite à l'Irpa (Institut royal du patrimoine artistique) pour y voir la restauration d'un cycle de fresques de Lambert Lombard.

Guy Duplat

Le directeur général de l'Unesco, M. Koïchiro Mastsuura, était pour trois jours en visite officielle en Belgique. Il a ainsi rendu visite à l'Irpa (Institut royal du patrimoine artistique) pour y voir la restauration d'un cycle de fresques de Lambert Lombard. Mais l'essentiel était politique, avec trois sujets plus particuliers sur lesquels nous l'avons interrogé.

1Le trafic d'oeuvres d'art. La Belgique reste à la traîne en matière de ratification des conventions de l'Unesco protégeant le patrimoine contre les vols et les trafics. Bruxelles garde une réputation de plaque tournante des trafics puisqu'on peut y vendre des oeuvres sorties illégalement. La récente prise d'oeuvres africaines à Roissy était ainsi destinée à la Belgique. Très diplomate, le directeur-général s'est refusé à porter le moindre jugement sur la Belgique. Il souligne que d'autres grands pays ont traîné et qu'il a déjà réussi à faire ratifier ces conventions par le Japon, la Grande-Bretagne et d'autres. «C'est en bonne route, dit-il. J'espère que cela sera rapidement le cas en Belgique. Je suis confiant.»

2Le patrimoine immatériel. L'Unesco protège le patrimoine mondial matériel (788 sites sont classés dans le monde) et depuis peu aussi, le patrimoine immatériel. La Belgique est immédiatement concernée puisque le carnaval de Binche a été dans la première fournée des manifestations immatérielles classées patrimoine mondial de l'humanité. Le DG de l'Unesco a rendu hommage à l'action belge en la matière, car, dit-il, ce projet ne faisait pas l'unanimité et les Belges ont beaucoup oeuvré pour que ce type de «chefs-d'oeuvre» soit aussi protégé.

3La protection de la diversité culturelle. Le grand débat qui agite l'Unesco est celui de la ratification en octobre prochain d'une nouvelle convention destinée à protéger les «arts nouveaux» comme le cinéma, la musique etc. En clair, une convention qui permettrait aux gouvernements d'aider la création, la production, la promotion et la diffusion de ces arts afin de protéger les artistes contre l'envahissement d'une culture mondiale et commerciale. La Communauté française se bat avec d'autres pour qu'une telle convention existe et puisse être opposable aux visées de l'OMC (organisation mondiale du commerce) qui voudrait ramener la culture à une matière économique où toute aide publique serait interdite.

Les Etats-Unis qui ont rejoint l'Unesco il y a 3 ans, après 19 ans d'absence, sont opposés à cette ratification sauf à la vider de sa substance en la cantonnant aux seuls aspects purement culturels.

«Nous avons déjà d'autres conventions qui protègent la diversité culturelle, précise Koïchiro Mastsuura, ce sont celles sur le patrimoine matériel et immatériel et sur le trafic d'oeuvres. Les Etats-Unis ne sont pas seuls. Ce débat est de la compétence des Etats membres et je n'ai pas de compromis à présenter entre les thèses en présence et je n'ai pas beaucoup de marges de manoeuvre».

© La Libre Belgique 2005