Pour ne plus casser l'abribus

En 2004, 57000 jeunes se sont suicidés. «On ne se suicide pas pour rien quand on a 17 ans mais parce qu'on refuse le monde qui ne voit plus en soi - le mot est lui-même mortel - qu'une cible», déclare Paul Biot du Mouvement Théâtre-Action lors de son intervention aux états généraux consacrés à la jeunesse, le vendredi 4 février, au Théâtre royal de Namur.

Laurence Bertels

En 2004, 57000 jeunes se sont suicidés. «On ne se suicide pas pour rien quand on a 17 ans mais parce qu'on refuse le monde qui ne voit plus en soi - le mot est lui-même mortel - qu'une cible», déclare Paul Biot du Mouvement Théâtre-Action lors de son intervention aux états généraux consacrés à la jeunesse, le vendredi 4 février, au Théâtre royal de Namur. Et de rappeler que rien ne se construit dans l'instable et le provisoire de la culture de la consommation. Dès lors, plus que les autres encore, les adultes en devenir doivent avoir accès à la culture mais surtout y participer, poser des actes créateurs, être les artistes de leur vie pour répondre au souhait de Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel et de la Jeunesse.

Cet acte créateur, les maisons de jeunes, les associations de jeunesse ou le théâtre-action permettent de le poser.

Urgence

Poursuivant son marathon au sein des divers secteurs culturels, Mme Laanan vient, après le théâtre, la danse ou la langue française, de faire escale dans les centres de jeunes qui lui tiennent particulièrement à coeur. Les mouvements de jeunesse qu'elle a fréquentés lui auraient en effet insufflé le goût de la politique. Mot d'ordre de ces états généraux, l'urgence sied à la jeunesse décrite comme «multiforme, tentaculaire, exigeante, arrogante, impatiente» par une ministre qui dit s'en réjouir.

L'urgence semble aussi être à l'agenda des 162 centres de jeunes - dont 120 maisons fréquentées par plus de 150000 personnes - existant en Belgique francophone et regrettant une certaine non-reconnaissance, le délabrement de leurs locaux, la lourdeur des tâches administratives et le manque de lieux de création pour des initiatives qui se multiplient. La culture pourtant ne s'arrête pas à 16h, à Pâques ou à Noël. Voilà pourquoi les centres de jeunesse sont un relais important après l'école, autre source d'accès à la culture pour les plus jeunes. Focus sur un secteur méconnu, méprisé et bien plus métissé qu'on le pense. Les maisons de jeunes ne sont en effet pas fréquentées uniquement par des populations défavorisées. Celles-là s'installent dans des quartiers en manque d'infrastructure sociale, scolaire, culturelle, là où on trouve des enfants ou adolescents en manque de repères.

«Le public est métissé, vient de tous les milieux sociaux, nous dit Antoinette Corongiu, directrice de la Fédération des maisons de jeunes en Belgique francophone. Il faut absolument casser cette image de repaires de jeunes drogués ou paumés. Si les états généraux peuvent changer cette idée-là, c'est déjà beaucoup.»

Secteur déconsidéré

Déconsidéré et sous-financé pendant de longues années, le secteur, au bord de l'asphyxie, a bénéficié d'un peu d'oxygène grâce au décret de l'an 2000. Malgré cela, aujourd'hui 17 centres de jeunes attendent encore un agrément. «Lorsqu'une maison de jeunes ne voit pas le jour, ce ne sont pas quelques jeunes qui sont pénalisés... C'est toute une génération, toute une société qui va hériter, une fois de plus, d'une culture par défaut, d'une culture de l'absence, d'une culture y-a-rien-pour-nous-alors- on-va-casser-l'abribus...» Mme Corongiu rappelle encore à quel point une maison de jeunes, lieu de rencontre intime entre soi et les autres, aide ses hôtes à explorer le monde, à y participer, contrairement à une politique sécuritaire, piège que doivent éviter les pouvoirs publics.

Le manque de formation du personnel au turn over important ou des animateurs - plus de 20000 bénévoles - des mouvements de jeunesse est également montré du doigt.

Werner Moron, de la Fédération des maisons de jeunes, propose concrètement de financer 4 ou 5 maisons pilotes, là, maintenant, tout de suite. Pour sa part, la Fef - Fédération des étudiants francophones - parle de discrimination due au mauvais subventionnement du secteur.

Promettant d'assurer ses responsabilités tout en tenant compte du manque de moyens, la ministre de la Culture s'en est allée souriante. Prête à prendre ses pinceaux?

© La Libre Belgique 2005