Le retour culturel de Richard Miller

Peut-être écrira-t-il un jour ses mémoires et racontera-t-il comment il fut évincé par son ami de trente ans Daniel Ducarme... Un épisode qui est resté comme l'archétype de la dureté implacable des relations en politique.

GUY DUPLAT
Le retour culturel de Richard Miller
©D.R.

RENCONTRE

Peut-être écrira-t-il un jour ses mémoires et racontera-t-il comment il fut évincé par son ami de trente ans Daniel Ducarme... Un épisode qui est resté comme l'archétype de la dureté implacable des relations en politique. Richard Miller en a «bavé». Il a souffert, avoue-t-il, sans fausse honte. Il fut sauvé par trois instances. Par Elio Di Rupo qui lui a fait confiance et avec qui il siège comme échevin des finances au conseil communal de Mons. Par Didier Reynders qui l'a nommé à la tête de l'intergroupe MR qui chapeaute tous les groupes parlementaires libéraux. Et enfin, last but not least, par l'électeur qui lui a gardé sa confiance et l'a réélu au Parlement wallon. De plus, il donne des cycles de conférences à Mons: «Cette année, je parle de saint Georges, c'est fou ce que cela attire comme monde», dit-il. Et il s'est laissé pousser la barbe: «Je dis en riant que j'ai pris du poil de la bête.»

«Miami Vice» : l'horreur

« Le pire, ajoute-t-il, fut lorsque j'ai vu à la télévision mon successeur, Daniel Ducarme, accueillir en grandes pompes, l'acteur de Miami Vice, la pire chose hollywoodienne, le contraire de ce que j'avais fait pour défendre la culture et le cinéma européen avec Wim Wenders entre autres. Je peux dire que cette fois, j'étais effondré et que j'en ai pleuré.»

Il réalise même un retour prudent sur le terrain de la politique culturelle en devenant le hérault libéral de la diversité culturelle. Il se profile nettement dans ce dossier. «C'est un domaine où le social-libéralisme est très important. Cette position reste capitale au MR. Dans ce dossier, on peut échapper aux clivages traditionnels gauche- droite et aller au-delà. Et montrer que le MR n'est nullement un suppôt du libéralisme à tout prix.»

On connaît les enjeux. Toute la politique culturelle menée par les communautés, les régions et l'Etat fédéral pour aider nos artistes et notre culture est doublement menacée. Les règles de l'OMC (l'organisation mondiale du commerce) menacent de s'y appliquer, de même que la directive Bolkenstein au niveau européen. Chaque fois l'explication est la même: il faudrait supprimer les aides publiques à la culture qui fausseraient la concurrence et considérer la culture comme une simple matière économique, à l'instar de la sidérurgie et des pommes de terre. Sans exception.

Le danger est très réel même si la Commission européenne vient de reculer sur la directive Bolkenstein. Les défenseurs de l'exception culturelle (qu'on appelle maintenant la «diversité culturelle») se battent pour que le rouleau compresseur de la culture d'«entertainment» anglo- saxonne ne balaie pas tout sur son passage. Ils veulent obtenir de l'Unesco, en octobre prochain, le vote d'une convention contraignante qui pourrait être opposable aux visées de l'OMC. Mais la pression américaine directe et indirecte (sur des pays comme le Maroc) est intense pour qu'une telle convention ne voie pas le jour.

Richard Miller veut montrer que le MR est crédible dans un tel dossier. Il rappelle «même si cela énerve ces partis quand je le dis», que ce sont les socialistes et les sociaux-chrétiens qui ont approuvé les règles de l'OMC en 1994 qu'on essaie aujourd'hui de détricoter. Il rappelle que lorsque Philippe Busquin était commissaire européen, la commission a approuvé la directive Bolkenstein et que c'est avec Louis Michel que la Commission l'a suspendue. Il souligne qu'il a mené, comme ministre, ce même combat avec Hervé Hasquin et que c'est Didier Reynders qui a introduit le «tax shelter» en cinéma menacé par l'OMC et l'Europe.

Des créateurs américains

Lui-même a voté au Parlement wallon, la résolution demandant que le gouvernement wallon agisse pour contrer les menaces de l'OMC en matière culturelle. Il a signé à la Communauté française la charte présentée par le PAC (socialiste) pour la diversité culturelle et va signer une proposition de résolution réclamant au niveau du gouvernement de la Communauté française, de se battre contre ces politiques de dérégulation. «Mais en évitant l'antiaméricanisme primaire, car il y a, aux Etats-Unis, des créateurs formidables qui souffrent comme nous de ces pressions de l'industrie du divertissement.»

© La Libre Belgique 2005