Le théâtre de la Place, plus européen

S'il est indispensable que nos théâtres travaillent avec nos créateurs, ils doivent aussi s'ouvrir et ouvrir leur public à la création internationale, en particulier européenne. Le projet Prospero est une belle opportunité en ce sens.

Guy Duplat

S'il est indispensable que nos théâtres travaillent avec nos créateurs, ils doivent aussi s'ouvrir et ouvrir leur public à la création internationale, en particulier européenne. Le projet Prospero est une belle opportunité en ce sens. Et, de plus, à l'heure où les subsides culturels sont et resteront étriqués, il permet aux théâtres, membres de ce réseau (dont le théâtre de la Place, à Liège), de recevoir des subsides supplémentaires venus de l'Europe. Frédéric Flamand, quand il dirigeait Charleroi/Danses, avait déjà fait la même chose en créant le réseau DANCE.

Prospero, ce sont six théâtres de création, de six villes de six pays différents, avec une vision semblable pour un théâtre singulier et novateur, qui se sont réunis "pour un accord de coopération culturelle au service du développement de la création européenne, de la recherche et de la formation". Prospero porte sur cinq ans et est doté d'un budget de 5 millions d'euros, dont 2,2 millions payés directement par la Commission européenne, et le reste par les partenaires eux-mêmes.

On y retrouve, outre le théâtre de la Place, le Théâtre national de Bretagne, initiateur de cette idée, l' "Emilio Romagna Teatro" de Modène (celui de Pippo Delbono), la Schaubühne de Berlin (dirigée par Thomas Ostermeier), le centre culturel de Belem au Portugal et le théâtre de Tampere en Finlande. Six grands théâtres, du moins par la taille de leur scène et par leur jauge.

Les jeunes créateurs

Ensemble, ils veulent produire des spectacles de haut niveau et les mettre en réseau entre les partenaires pour les diffuser dans les six pays concernés. Pour les cinq années à venir, Prospero annonce quatre créations qui tourneront chaque fois chez les six partenaires. D'abord, le nouveau spectacle de Ostermeier, "John Gabriel Borkman", d'Ibsen, qui sera créé en décembre à Rennes. Ensuite, une création, en 2010, du metteur en scène letton Alvis Hermanis, à Modène, puis une autre, en mars 2011, du Polonais Krysztof Warlikowski au théâtre de la Place et, enfin, une quatrième création, encore à déterminer, en 2012.

Prospero coproduira aussi les créations des artistes associés à chaque théâtre : Pippo Delbono à Modène, Falk Richter à la Schaubühne et Galin Stoeiv au théâtre de la Place - pour ne donner que ces exemples.

Il y aura aussi un volet d'appui à de jeunes créateurs qui peuvent par ce biais se confronter utilement à des publics de langue étrangère. La nouvelle création du Belge Jean-Benoît Ugeux (qui a déjà travaillé avec le Flamand Wayn Traub et l'Argentin Rodrigo Garcia) à Liège en janvier 2009 sera ainsi accueillie ensuite à Tampere et à Modène. Ce volet est important car les jeunes créateurs n'ont pas toujours accès à l'indispensable visibilité internationale. Les scènes flamandes sont souvent plus efficaces en la matière. Prospero est un outil qui peut être utile à la promotion des créateurs francophones belges.

Enfin, l'accord prévoit des initiatives pour la formation des jeunes comédiens et une collaboration avec les universités. Deux colloques sur le théâtre sont prévus, l'un à l'automne 2010 à Tampere en Finlande, et l'autre à l'automne 2012 à Liège.

Serge Rangoni, le directeur du théâtre de la Place, explique qu'il "ne choisit pas l'international aux dépens de la Communauté française et de son rôle de centre dramatique. L'importante augmentation que nous avons obtenue dans notre nouveau contrat-programme sert, entre autres choses, à travailler davantage encore avec les compagnies de la Communauté française, mais, grâce à Prospero, nous pouvons en même temps mieux faire tourner nos projets à l'étranger et montrer à notre public ce qui se fait de novateur sur le plan européen".