Révolution muséale à Liège

Entretien - Le nouveau directeur général des Musées et l'échevin de la Culture nous exposent leurs projets. Ambition : faire revenir le grand public dans les musées. Sans pour autant faire entrer les marchands dans le temple...

Révolution muséale à Liège
©D.R.
sophie lebrun ET paul vaute

entretien

Ne dites plus : musée d'Armes, musée du Verre, musée d'Archéologie et des Arts décoratifs, musée d'Art religieux et d'Art mosan. Dites : Grand Curtius. C'est en mars 2009 que le nouveau complexe muséal ouvrira ses portes, dans le coeur historique de Liège. Le "mégamusée", ainsi qu'il y est surnommé : 5 500 pièces y seront exposées sur 5 103 m 2 de parcours (en trois parties : chronologique, thématique, exposition temporaire), sur un site occupant 5 635 m 2 dont 3 176 m 2 bâtis... Mais ce ne sera pas le seul chantier à faire aboutir dans un avenir proche. S'y ajoute celui du musée d'Art moderne et d'Art contemporain (Mamac) au parc de la Boverie, dans l'axe "moderniste" de la Cité ardente, reliant la gare Calatrava et la future Médiacité.

C'est dire si Constantin Chariot (photo de droite), nommé en juillet dernier directeur général des Musées communaux liégeois, a du pain sur la planche. Né en 1971, licencié en histoire de l'art et archéologie de l'ULB et diplômé de l'Institut européen d'études médiévales de l'UCL, il était jusqu'il y a peu conservateur des Musées gaumais et... conseiller du président du MR pour les matières culturelles - son choix par la majorité PS-CDH de la Ville n'a, dès lors, pas manqué de surprendre. Nous l'avons rencontré en compagnie de l'échevin socialiste de la Culture, Jean-Pierre Hupkens (photo de gauche).

C'est vous qui étrennez la fonction de directeur général des Musées. Pourquoi l'a-t-on créée ?

Constantin Chariot : L'objectif de la Ville était d'avoir quelqu'un qui coordonne les différentes collections, qui leur donne une cohérence, dans une vision large et en attirant des collaborations dans et en dehors de la Principauté.

Les conservateurs en place doivent tout à coup compter avec quelqu'un qui les chapeaute. Ils se sont fait une raison ?

C.C. : Au contraire. Sans faire de l'angélisme, je pense que mon arrivée est très bien perçue. Cela permet enfin d'avoir une structure d'appui commune, de réconcilier les urgences et les objectifs. Je servirai de courroie de transmission avec l'autorité communale.

Avez-vous des objectifs de rentabilité ? Comment enrayer la chute de fréquentation des musées ?

C.C. : Pour les miracles, il faut s'adresser à Dieu ! Les conservateurs restent indépendants et autonomes, sous une autorité chargée de donner du sens à leur programmation et, effectivement, de mobiliser le plus large public possible. Loin de moi l'idée de vouloir introduire les marchands dans le temple ou de faire de la "cocacolisation", mais si une exposition ne me paraît pas, ainsi qu'à l'échevin, concorder avec une vision grand public et commercialement aboutie, nous sommes là pour empêcher qu'on jette l'argent par les fenêtres. Nous voulons aussi faire en sorte que les musées ne soient pas seulement des lieux de conservation des choses mortes, mais aussi de création et d'expression. Il faudrait qu'ils soient des forums. Le mot "musée" est trop poussiéreux. Pourquoi ne pas y organiser des projections de films, concerts de jazz, séances de dédicaces... ? On doit aussi rendre les boutiques et caféterias accessibles sans payer l'entrée. Les musées doivent être ouverts sur l'extérieur. Ce que réflète la conception du bâtiment, avec ses patios ouverts : on pourra le traverser, de Feronstrée au quai de Maestricht.

Jean-Pierre Hupkens : Pour enrayer la chute de fréquentation, on doit, par exemple, communiquer davantage sur la gratuité des musées le premier dimanche du mois ; multiplier les collaborations telles que celle que nous avons avec Bruges : durant quatre mois, dès novembre, Bruges propose la gratuité de ses musées aux Liégeois et vice-versa.

C.C . : La SNCB pourrait aussi être un vecteur de promotion capital pour Liège. On va, en outre, créer un service éducatif.

A quel niveau fixez-vous vos ambitions pour le Grand Curtius ?

J.-P.H. : Donner un chiffre de fréquentation ne serait pas une bonne idée. Nous ne rêvons pas d'atteindre l'équivalent des grands musées new-yorkais ou londoniens. Mais nous devons avoir de l'ambition.

Que va devenir le Mamac, pour lequel la Ville s'est vu accorder (en juin) des fonds européens Feder ?

J.-P.H. : Comme l'a conclu l'étude du Groupe de redéploiement économique (GRE), il faudrait faire de ce lieu un lieu d'exposition temporaire à vocation grand public. Mais il ne faut pas le réserver exclusivement à l'art contemporain - d'autant qu'un certain nombre d'endroits remplissent cette fonction dans un périmètre restreint. Sur le plan immobilier, l'idée est de relier le bâtiment des Sports nautiques au Mamac, de construire une extension (côté Dérivation) à celui-ci, en tout cas d'augmenter sa surface.

C.C. : Tout en gardant un musée d'art moderne à Liège - il y a là des collections majeures. L'idée générale est de créer un "pôle des Beaux-Arts" fort - art moderne et art ancien.

J.-P.H. : On peut imaginer que les collections soient exposées soit dans le cadre de ce pôle - que j'imagine au départ du musée de l'Art wallon/salle Saint-Georges -, soit en les maintenant là où elles sont.

C.C. : Pourquoi pas l'appellation "musée des Beaux-Arts et de l'Art en Wallonie" ?

L'appellation musée de l'Art wallon vous semble donc inappropriée...

C.C. : L'art wallon n'existe pas, il n'y a pas de spécificité de l'art wallon, cela ne résiste pas à l'analyse de l'histoire de l'art.

Avez-vous des projets de grande exposition à Liège, outre celle consacrée à Paul Delvaux, en 2009 ?

C.C. : Nous avons dans nos cartons un projet d'exposition qui pourra être exportée dans le monde. Nous n'en dirons pas plus pour l'instant. Mais on peut être ambitieux. Maintenant, il faut trouver les moyens. Il faut aussi que des mécènes se manifestent.

En dehors des musées, la Ville va-t-elle soutenir l'art contemporain, des acteurs tels l'Espace 251 Nord orchestré par Laurent Jacob ?

J.-P.H. : Nous avons soutenu L'Annexe, qui vient d'ouvrir ses portes. Et une collaboration s'installe avec l'Espace 251 Nord, auquel la Ville a alloué un étage de l'ancienne Brasserie Haecht. On songe à un "pôle d'appui pour l'art actuel". Dans ce cadre, nous allons aussi construire des résidences d'artistes...