Albert Fert : "Il faut davantage investir dans la recherche"

En 2007, le Français Albert Fert avait reçu le prix Nobel de physique pour sa découverte de "la magnétorésistance géante" qui a révolutionné les techniques permettant de lire l'information stockée sur les disques durs. Il est aujourd'hui à l'UCL, pour devenir docteur honoris causa de l'Ecole polytechnique.

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Albert Fert : "Il faut davantage investir dans la recherche"
©AP

En 2007, le Français Albert Fert avait reçu le prix Nobel de physique pour sa découverte de "la magnétorésistance géante" qui a révolutionné les techniques permettant de lire l'information stockée sur les disques durs. Il est aujourd'hui à l'UCL, pour devenir docteur honoris causa de l'Ecole polytechnique. Nous l'avons interrogé.

Vous avez largement contribué aux découvertes dans la miniaturisation exponentielle de l'électronique avec les nanotechnologies et, plus spécialement, la spintronique. Mais cette évolution aura bien, un jour, un terme. Est-on proche de la miniatuarisation "absolue" qui butte sur la taille même de l'atome. Peut-on rêver un jour d'un ordinateur neuronal ou biologique pour peu qu'ils puissent être plus performants ?

La taille de l'atome est en effet la limite absolue de la voie actuelle. On en est encore loin ! On peut imaginer, sur le papier, des concepts d'ordinateur neuronal ou biologique, avec peut-être des propriétés intéressantes mais pas pour la miniaturisation, car toute molécule organique a beaucoup d'atomes !

Quelles applications "grand public" à court ou à moyen terme peut-on attendre de vos recherches en nanotechnologies et plus largement en physique des matériaux ?

Bien sûr, les capacités de stockage d'information et la puissance des ordinateurs vont encore augmenter. En ce qui concerne le travail dans mon équipe, un exemple d'axe de recherche est l'étude de phénomènes de génération d'ondes radio par "transfert de spin" dont les applications seront dans les domaines des télécommunications (téléphones portables, communications puce à puce, etc.).

Les nanotechnologies se sont ajoutées aux OGM et au nucléaire dans une sorte de crainte anti-science qui agite souvent l'opinion publique selon le principe de précaution ?

Les nanotechnologies sont des outils, multiples, qui font progresser divers domaines scientifiques. On ne peut les mettre toutes dans le même sac, comme le font certains. Ainsi nano-transistor et transistor traditionnel ne se distinguent que par la largeur, manométrique ou micrométrique, des circuits gravés sur une plaque de silicium. Ils sont aussi inoffensifs l'un que l'autre. A l'échelle micro, on ne met pas dans un même sac, microélectronique et microbiologie, pourquoi le faire pour nano-électronique et nano-biologie ?

Vos recherches ont démontré aussi que le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, puis aux applications grand public peut être extrêmement court.

La spintronique, le domaine de recherche et de technologie dont le premier exemple a été la magnétorésistance récompensée par le prix Nobel, est une science jeune, donc encore très fertile : les applications y suivent rapidement les avancées de physique fondamentale.

Vous avez pris publiquement position pour un accroissement significatif des budgets vers la recherche fondamentale et appliquée. Même en ces temps de crise, il faut au contraire, investir davantage dans le futur, dites-vous.

L'Europe, les Etats-Unis, le Japon ont encore une certaine avance dans les technologies de pointe de l'industrie. Mais les progrès sont rapides dans des pays comme la Chine, la Corée, Taïwan, l'Inde qui accélèrent beaucoup leur effort de recherche. Il serait catastrophique pour notre économie de se faire rattraper dans les technologies de pointe.

Pourquoi la science contemporaine est-elle si peu présente dans les médias et si peu comprise par le grand public ?

La science est difficile à comprendre par le grand public. Les scientifiques doivent s'investir pour mieux expliquer et expliquer simplement. Les médias doivent suivre.