Un plan avec près de cinq ans de reports

En Belgique, trop peu encore des trésors de nos grands musées, bibliothèques, universités, sont déjà digitalisés. Le coût de l’opération étant énorme.

G.Dt

En Belgique, trop peu encore des trésors de nos grands musées, bibliothèques, universités, sont déjà digitalisés. Le coût de l’opération étant énorme.

En 2004, la ministre de la Politique scientifique de l’époque, Fientje Moerman, faisait le constat que nos grands musées, la bibliothèque royale, etc. possèdent quelque 200 collections qui comprennent elles-mêmes 60millions d’objets à inventorier. Mais seul un objet sur huit était repris dans un catalogue digital et seul un objet sur trois cents avait une image numérique. Un score qui a, à peine, varié depuis lors. Or on sait que la digitalisation est indispensable, non seulement pour sauver notre patrimoine menacé de dégradations mais aussi pour être tout simplement visible aux chercheurs nationaux et internationaux.

Daniel Cahen, conservateur alors du musée des Sciences Naturelles, nous disait qu’un objet qui n’est pas sur Internet et numérisé n’existerait plus dans dix ans

Ce constat accablant fut déjà présenté au conseil des ministres dès juillet2001 (!) et une vaste étude fut demandée ensuite au bureau Van Dijck. Celui-ci donnait des conclusions sans ambages : le prix d’une digitalisation complète pour nos seuls établissements scientifiques fédéraux belges est astronomique, soit 575millions d’euros !

Les musiques africaines

Trop, estimait ensuite Fientje Moerman, "il ne faut pas tout digitaliser", qui a ramené l’ambition à un projet de 143millions d’euros d’investissement. Ce plan devait cofinancé par un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) et devait porter sur dix ans, avec un remboursement à la BEI, sera étalé sur 15 à 20 ans.

Le montant de 143millions d’euros était, disait-on, le scénario du minimum crédible pour sauver nos collections. Mais la BEI a alors exigé des garanties de remboursement que la Belgique ne put honorer. On a donc abandonné ce plan, qui revient apparemment sous une autre forme.

Certes, on n’est pas resté inactif de 2004 à aujourd’hui (lire ci-dessus) mais on n’a encore bien peu réalisé par rapport aux besoins. Rien que la Bibliothèque Royale compte cinq millions de livres, 800 000 estampes et dessins, des milliers de photos anciennes, 200 000 monnaies et médailles, 200 000 cartes et plans, 50 000 documents sonores, des milliers de partitions et lettres, 40 000 manuscrits, 3 000 incunables, 35 000 ouvrages précieux, des millions de journaux

Un bel exemple de ce qui peut être fait se trouve au musée de Tervuren, d’autant plus utile que la digitalisation est le seul moyen pour l’Afrique d’avoir accès aux trésors de ce musée de l’Afrique.

Tervuren dépense 600 000euros par an pour digitaliser ses collections de musique, soit 3 000heures de musiques uniques enregistrées, les plus anciens enregistrements datant de 1910.

Tervuren possède de fabuleuses archives sur la musique de l’Afrique subsaharienne et plus particulièrement des cultures musicales du Congo, du Rwanda et du Burundi. Les premiers enregistrements sont conservés sous forme de 457 rouleaux de cire Edison enregistrés en 1910 par le capitaine Armand Hutereau dans la province de Uele au Congo. Les enregistrements sonores étaient alors encore à une période de balbutiements.

Et maintenant digitaliser la fabuleuse collection de photos anciennes du musée sera la priorité.