L’enseignement avec ou sans "culture"?

En dépit du vœu (pieux) général, le constat est là, effrayant: aujourd’hui, en Communauté française, l’art et la culture sont pratiquement évacués de l’enseignement.

Martine D. Mergeay

En dépit du vœu (pieux) général, le constat est là, effrayant: aujourd’hui, en Communauté française, l’art et la culture sont pratiquement évacués de l’enseignement.

Culture et Démocratie, et tout particulièrement le groupe de travail Art/Culture/Ecole, a organisé un colloque sur la question, emmené par Sabine de Ville (relations public/enseignement à la Monnaie, 1998-2008). La rencontre eut lieu lundi dernier, au Théâtre de la place des Martyrs où enseignants, chercheurs et culturels (en majorité de la Communauté française) étaient venus en foule. "Culture"? Sabine de Ville cite Marcel Gauchet: "ce qui permet de savoir qui l’on est et de quoi on relève", une définition qui inscrit la culture dans le personnel et dans le collectif, qui l’inscrit dans le temps, qui en évoque la complexité et la dimension symbolique. Ce fut l’exorde.

On entendit ensuite Eric Corijn, sociologue et philosophe de la culture (VUB), qui dessina de façon éblouissante le modèle interculturel, post-national et "impur" de Bruxelles, "qui se bâtit, non pas sur une histoire mais sur un destin", où le français, majoritaire (!), doit soutenir et relier toutes les cultures présentes (distinction entre la langue et la culture) et où la Communauté française a donc une mission fondamentale. La Française Sylvie Octobre, auteur d’un ouvrage sur les loisirs culturels des 6-14 ans, enchaîna avec des résultats optimistes sur l’ouverture des enfants à la culture, avec une distinction éclairante entre les "digital natives" et les autres (ceux qui étaient dans la salle). Alain Kerlan, philosophe, professeur à Lyon 2, parla de refondre l’approche de la culture sur le modèle de l’art et de la poésie: "Avant d’emmener nos enfants au musée, emmenons-les dans la forêt." Marc Crommelynck, médecin, professeur à l’UCL, présenta les outils mis en place pour (ré) inscrire la culture au sein des pratiques universitaires. Yves Hanosset et Véronique Bertrand rendirent compte d’un projet artistique aussi fou que structurant à l’école Sainte-Marie, etc.

On entendit ensuite la voix des culturels: Bernard Foccroulle, fondateur de Culture et Démocratie (notamment), Marie-Clarté O’Neil, chargée d’enseignement en médiation à l’Ecole du Louvre, Catherine de Braeckeleer, directrice du Centre de la Gravure, etc. Le volet "urgences" martela celle d’établir officiellement un cercle vertueux entre la formation des "intervenants" artistiques et l’ouverture effective de postes dans les écoles.

Avec, partout, ce constatmerveilleux et désespérant: il y a plus de vingt ans que des visionnaires se lancent, sans argent et sans appui, dans des actions pilotes sans lendemain. A quand la fin (définitive) des "culture natives"? La réponse est aux actes.


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