Le Greenwich sera sauvé

Un monument en péril de Bruxelles est sauvé. Il était temps, car on se demandait ce qu’allait devenir le café Greenwich. Situé au 7 rue des Chartreux, à côté de la Bourse et de la rue Dansaert, ce café Art Nouveau construit en 1904 tenait surtout sa réputation au fait qu’il est le temple des joueurs d’échecs de la capitale belge.

Le Greenwich sera sauvé
©Bernard Demoulin
Guy Duplat

Un monument en péril de Bruxelles est sauvé. Il était temps, car on se demandait ce qu’allait devenir le café Greenwich. Situé au 7 rue des Chartreux, à côté de la Bourse et de la rue Dansaert, ce café Art Nouveau construit en 1904 tenait surtout sa réputation au fait qu’il est le temple des joueurs d’échecs de la capitale belge. Un ancien propriétaire écrivait : "Au café Greenwich vous êtes jugés sur un seul critère, votre niveau aux échecs. Ceci explique que René Magritte n’eut pas beaucoup de succès lorsqu’il tenta de vendre ses tableaux surréalistes. L’avis général étant que si Magritte peignait comme il jouait aux échecs, il avait encore du chemin à faire. Le Greenwich mérite le détour pour son cadre désuet du début du siècle les tables en fonte et en marbre sont, elles aussi, d’époque. Le temps semble s’être arrêté ans cet endroit " C’était un des rares cafés à avoir eu la bonne idée de ne pas diffuser de musique ou de radios crachotantes.

Ce lieu où se croisait passionnés d’échecs, vieux Bruxellois et jeunes branchés, souvent artistes et flamands, menaçait ruine. Il ne répondait plus du tout aux normes d’hygiène. Quand il pleuvait trop, la cave était inondée. Les murs mal repeints sentaient la fumée, les sièges avaient été recouverts d’un vilain skaï.

Heureusement, ce bâtiment classé a été racheté il y a deux ans par un investisseur et mécène hollandais, Kees Eijrond, bien connu chez nous comme directeur général de Parts/Rosas, la compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker. Il a la passion des vieux cafés, en ayant déjà racheté et restauré deux à Utrecht. Le Greenwich est le rendez-vous de ce monde culturel contemporain et Kees Eijrond a confié au grand architecte gantois Pol Robbrecht, la tâche de restaurer dans son état initial ce monument bruxellois tout en le mettant en conformité avec les normes les plus contemporaines. Il est certes étonnant de voir un Hollandais et un architecte gantois s’occuper du patrimoine bruxellois mais faute d’initiatives locales, on peut se réjouir de voir des mécènes extérieurs. Les travaux vont commencer et le café devrait rouvrir à la fin de l’année (coût : de 1 à 1,25 millions d’euros plus les subsides régionaux venus de chez Picqué).

Son but est de garder la même ambiance, le même public mélangé, la même absence de musique. Les tables d’échecs seront au centre. Les deux salles actuelles séparées par un rideau, seront à nouveau réunies et les tables de côté avec leurs banquettes accueilleront les consommateurs et une petite restauration. On retrouvera la couleur d’origine des murs et du plafond, dénichée sous cinq couches (un doux vert olive à la place du "caca d’oie" actuel). On changera le skaï par un tissu original. Les chaises seront remplacées par un même modèle Art Nouveau. Le sol actuel en amiante (!) sera enlevé pour retrouver le parquet initial. On gardera les vitraux, les portes vitrées, les lampes boule, le bar, etc. Pol Robbrecht pense y ajouter une petite touche contemporaine avec l’intervention d’une jeune artiste bruxelloise qui jouera sur l’éclairage des lampes.