"On désignera l’artiste pour Venise selon les marchés publics!"

Mardi, le Conseil d'Etat cassait le choix de l'artiste Angel Vergara pour la Biennale de Venise 2011. La ministre de la culture Fadila Laanan revient sur ce dossier et dévoile ses nouveaux projets.

Guy Duplat
"On désignera l’artiste pour Venise selon les marchés publics!"
©Bortels

Fadila Laanan (PS) est dans la dernière ligne droite comme ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle occupe cette fonction depuis dix ans déjà et la quittera en mai prochain. Nous l’avons rencontrée pour détailler ses derniers grands projets (décrets arts plastiques et centres culturels, contrats-programmes pour tous les théâtres), pour parler aussi de la misogynie et du racisme dont elle est parfois l’objet. Mais d’abord, nous revenons sur l’Arrêt surprise du Conseil d’Etat qui a cassé le choix de l’artiste Angel Vergara pour la Biennale de Venise 2011 pour procédure opaque ("La Libre" de mardi).


Comment réagissez-vous à cet Arrêt? 
Bien avant qu’il ne tombe, nous avions déjà décidé de lancer dorénavant, pour la Biennale de Venise, un appel à candidatures en suivant les règles pour les marchés publics. Je lancerai donc un très large appel à candidatures avec cahier des charges, je désignerai un jury et je ferai le choix de notre représentant pour la Biennale 2015, en janvier 2014 déjà, afin qu’il ait le temps de s’y préparer. 

Mais aucun autre pays ne fonctionne comme ça. Le ministre y décide sur base d’avis ou délègue le choix à un grand nom de l’art. Lancer un appel général va vous submerger de dossiers? 
Je prends acte de la décision du Conseil d’Etat, c’est tout. Certes, Charles Szymkowicz, qui a déposé le recours, obtient une victoire symbolique mais ce qui me déplaît c’est que cela puisse porter préjudice à Angel Vergara dans l’esprit des gens, alors qu’il fut désigné sur base d’un excellent jury d’experts et qu’il fut un très bon représentant de notre fédération. Ce choix ne fut nullement fait sur un coin de table ou le fait du prince. 

Un appel général, n’est-ce pas aberrant, l’abandon du choix?
Peut-être, mais je suis une légaliste. Il y aura je suppose, pléthore de dossiers déposés mais attention, il y aura quand même des règles, des critères qui imposeront aux candidats un minimum d’expérience et d’"histoire" dans le domaine artistique. Pour désigner notre représentant à la Biennale d’architecture, on fonctionne déjà comme ça, et on a reçu 30 à 40 projets. Je veux être tout à fait légaliste pour éviter tout recours en suspension qui bloquerait l’artiste choisi (NdlR : Angel Vergara n’a pu commencer son travail pour Venise que 4 mois après sa désignation à cause déjà d’un recours, perdu, de Szymkowicz). Même si je sais par exemple que ma collègue flamande a choisi d’autorité en ne tenant pas compte de sa commission d’avis. 

Dans les arts de la scène aussi vous avez des recours en urgence du Théâtre au vert de Silly et de l’Infini théâtre contre la baisse de leurs subventions. N’entre-t-on pas dans le juridisme ? 
C’est ce que j’appelle l’américanisation de la société. Tout fait l’objet d’un recours. Ceci étant dit, il est sain qu’une démocratie permette qu’on puisse attaquer une décision qui vous touche directement. Cela nous oblige plus que jamais à tout faire dans les règles. En culture, on ne peut sortir d’un strict cadre légal même si l’objectivité y est difficile car il y est question d’expression du sensible. 

La suite de l'interview de Fadila Laanan est à lire dans La Libre en PDF en cliquant ici.


La ministre de la Culture dévoile ses nouveaux projets dans La Libre Belgique en PDF