Sur cette beauté qui nous rend meilleurs

Auteur, récemment, d’un ouvrage qui nous a transportés de bonheur, "Quand la beauté nous sauve" (Robert Laffont/Les Mardis de la philo, 2013), l’écrivain et philosophe Charles Pépin donnera ce mardi soir, à l’espace "Magic Mirrors" de la place d’Espagne à Bruxelles, la leçon inaugurale des Mardis de la philo.be.

Eric de Bellefroid
Photo Supplied by Alpha 065630 03/02/10 SothebyÕs London sells GiacomettiÕs LÕhomme qui marche I (Walking Man I) for £65,001,250/ $104,327,006/ Û74,185,983* -- a new record price for a work ever sold at auction-- Sale realises £146,828,350/ $235,659,502/ Û167,575,324 -- highest total for any sale ever held in London -- GiacomettiÕs LÕhomme qui marche I (Walking Man I) The expectant saleroom fell quiet as bidding opened at £12 million. Some eight minutes later, after a fast and furious bidding battle between at least ten prospective purchasers, this spectacular piece - the only life-time cast of this iconic subject ever to have come to auction - sold to an anonymous telephone bidder, establishing a new record price not only for the artist, and for any piece of sculpture ever sold at auction but also, and more importantly, taking its place in history as the most expensive work of art ever sold at auction, and eclipsing Pablo PicassoÕs Gar¿on ¿ la Pipe, which sold for $104,168,000/ £58,052,830/ Û85,949,017 at SothebyÕs New York in May 2004. Commenting on the price achieved for the Giacometti, Helena Newman, Vice Chairman of SothebyÕs Impressionist & Modern Art department worldwide, said: ÒThe price is a reflection of the extraordinary importance of this exceptionally rare work, and the only life-time cast of this iconic subject ever to have come to auction.Ó Formerly part of the corporate collection of Dresdner Bank AG, the sculpture came into the possession of Commerzbank AG after the latterÕs takeover of Dresdner Bank in 2009. Commerzbank intends to use the sale proceeds to strengthen the resources of its new Foundation Centre, and also to provide funds to their partner museums for restoration work and educational programmes. alpha / Reporters
Photo Supplied by Alpha 065630 03/02/10 SothebyÕs London sells GiacomettiÕs LÕhomme qui marche I (Walking Man I) for £65,001,250/ $104,327,006/ Û74,185,983* -- a new record price for a work ever sold at auction-- Sale realises £146,828,350/ $235,659,502/ Û167,575,324 -- highest total for any sale ever held in London -- GiacomettiÕs LÕhomme qui marche I (Walking Man I) The expectant saleroom fell quiet as bidding opened at £12 million. Some eight minutes later, after a fast and furious bidding battle between at least ten prospective purchasers, this spectacular piece - the only life-time cast of this iconic subject ever to have come to auction - sold to an anonymous telephone bidder, establishing a new record price not only for the artist, and for any piece of sculpture ever sold at auction but also, and more importantly, taking its place in history as the most expensive work of art ever sold at auction, and eclipsing Pablo PicassoÕs Gar¿on ¿ la Pipe, which sold for $104,168,000/ £58,052,830/ Û85,949,017 at SothebyÕs New York in May 2004. Commenting on the price achieved for the Giacometti, Helena Newman, Vice Chairman of SothebyÕs Impressionist & Modern Art department worldwide, said: ÒThe price is a reflection of the extraordinary importance of this exceptionally rare work, and the only life-time cast of this iconic subject ever to have come to auction.Ó Formerly part of the corporate collection of Dresdner Bank AG, the sculpture came into the possession of Commerzbank AG after the latterÕs takeover of Dresdner Bank in 2009. Commerzbank intends to use the sale proceeds to strengthen the resources of its new Foundation Centre, and also to provide funds to their partner museums for restoration work and educational programmes. alpha / Reporters ©alpha / Reporters

Auteur, récemment, d’un ouvrage qui nous a transportés de bonheur, "Quand la beauté nous sauve" (Robert Laffont/Les Mardis de la philo, 2013), l’écrivain et philosophe Charles Pépin donnera ce mardi soir, à l’espace "Magic Mirrors" de la place d’Espagne à Bruxelles, la leçon inaugurale des Mardis de la philo.be. Pourquoi la beauté nous fait-elle tant de bien, s’interrogera-t-il ?

Charles Pépin a accepté de lever un coin de voile sur ce thème exaltant, qui modifie la couleur de nos jours par la grâce d’un regard ou d’un instant. A cet égard, il ne prétend pas nous dire ce qui est beau, car certes - et loin de tout relativisme - la beauté peut changer au fil du temps ; il nous dit très simplement que, dans l’intensité de l’émotion esthétique, face à une toile ou une montagne, devant Van Gogh ou Satie, se produit une rencontre avec le vrai. Dans l’éclat de l’absolu, au-delà de toute argumentation rationnelle.

S’inscrivant bien sûr dans le fil de son livre, le philosophe privilégiera plutôt l’approche kantienne et freudienne de son sujet, quand le beau permet de sublimer sa libido. Se gardant d’élucider le pourquoi de l’éblouissement, il entend évoquer la force du mystère sans le réduire. Décidément sans rationaliser, sans posséder, sans comprendre. "Ce qui importe, c’est la surprise. Alors qu’on passe sa vie à essayer de savoir ce qu’on croit être, on peut soudain être surpris par soi-même, presque autant que par l’artiste. On se découvre plus complexe qu’on est. A travers l’expérience esthétique, on est porté et élevé par ce qui nous échappe."

Au risque d’encourir une accusation de démagogie postmoderne, car il goûte en effet la musique d’Eminem ou de Michael Jackson, Charles Pépin ne vient toutefois pas nous dire que le rap vaut Bach ou Schumann. Il insinue juste par là qu’il est prêt aussi à accueillir quelque chose de dérangeant. Vit-on du reste une "belle époque", alors qu’on dénonce partout l’effarante vulgarité du siècle ? Il est sur ce point résolument affirmatif. "On vit des choses folles de beauté miraculeuse. Quand je vois mes enfants de 11 et huit ans qui ont un accès gratuit et illimité à Internet, je me dis que c’est fou !"

Exigence d’esthète

"Il y a, en musique comme en architecture par exemple, une multitude de belles choses. Objectivement, le monde n’est pas plus beau ou plus laid. Mais l’œil humain doit se rendre plus disponible à tant de beauté." Telle est l’exigence d’esthète de l’intellectuel français, qui s’en va même quérir cette beauté au milieu des champs de ruines, des ghettos, etc. "Les réfugiés des camps en ont assez témoigné : quelque chose de l’humanité se joue dans la sensibilité esthétique. Et l’on peut comprendre que les gens se sentent encore humains quand ils se laissent gagner par une certaine lumière."

Ne croyant pas trop au caractère élitaire de la beauté, parce que tout le monde détient une capacité de conviction et d’émerveillement, même si les goûts diffèrent, Charles Pépin, en bel idéaliste, se plaît à réconcilier l’art et le marché. "La marchandisation n’entamera pas le pouvoir subversif de la beauté. Quand des œuvres de Munch ou de Giacometti se vendent à des prix monstrueux, cela veut surtout dire que l’argent ne vaut rien, que l’art n’a pas de prix justement. Très souvent, un collectionneur se flatte d’être présent à un moment de l’histoire du chef-d’œuvre. Il n’aspire pas tant à en être propriétaire que passeur. Et tout cela ne se chiffre plus."

Eric de Bellefroid

www.lesmardisdelaphilo.be