Europalia Turquie, c’est signé

L’accent sera mis sur la diversité culturelle du pays.

Lamfalussy Christophe
Whirling dervishes perform at the Galata Whirling Dervish Hall, founded in 1491 by Ottomans, in Istanbul, Turkey, on the second day of Muslims' holy month of Ramadan, late Tuesday, Aug. 2, 2011. Sufi whirling performance of the Mevlevi order is part of a formal ceremony known as the Sama. The order was founded by the Persian-Turkish poet Mowlana Jalaluddin Rumi, one of the greatest mystic poets of Sufism in Islam, born in 1207 in Balkh, then in the Persian province of Khorasan and now in Afghanistan, and died in 1273 in Konya, Turkey. His Sufism being a mysticism within Islam where devotees sought a mystical union with God. Rumi advocates unlimited tolerance, positive reasoning, goodness, charity and awareness through love for all regardless their faiths.(AP Photo) Associated Press / Reporters
Whirling dervishes perform at the Galata Whirling Dervish Hall, founded in 1491 by Ottomans, in Istanbul, Turkey, on the second day of Muslims' holy month of Ramadan, late Tuesday, Aug. 2, 2011. Sufi whirling performance of the Mevlevi order is part of a formal ceremony known as the Sama. The order was founded by the Persian-Turkish poet Mowlana Jalaluddin Rumi, one of the greatest mystic poets of Sufism in Islam, born in 1207 in Balkh, then in the Persian province of Khorasan and now in Afghanistan, and died in 1273 in Konya, Turkey. His Sufism being a mysticism within Islam where devotees sought a mystical union with God. Rumi advocates unlimited tolerance, positive reasoning, goodness, charity and awareness through love for all regardless their faiths.(AP Photo) Associated Press / Reporters ©Associated Press / Reporters

La Belgique et la Turquie ont signé mercredi au Palais d’Egmont à Bruxelles un "protocole d’intention" qui prévoit l’organisation d’un festival Europalia consacré à la Turquie entre l’automne 2015 et l’hiver 2016.

Didier Reynders, pour la Belgique, et Egemen Bagis, le ministre turc des Affaires européennes, ont signé le document qui avalise la décision prise par le Conseil d’administration d’Europalia au printemps dernier (voir la LLB du 28 mai).

Le choix de la Turquie a déjà suscité des critiques de la petite communauté arménienne belge (7000 personnes) qui souligne que 2015 est aussi le centième anniversaire du génocide arménien.

En 1995, un projet similaire avait avorté après que le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Frank Vandenbroucke, eut suspendu les subsides fédéraux en raison du peu d’importance accordée, selon lui, par les coorganisateurs turcs à la diversité culturelle turque et à sa minorité kurde.

A l’époque, huit députés kurdes avaient été condamnés par la Cour de Sûreté de l’Etat à Ankara et l’armée turque avait lancé une offensive contre les bases du PKK, détruisant au passage nombre de villages kurdes.

Aujourd’hui, les données ont changé. Une trêve a été conclue avec le PKK. La société turque s’est démocratisée sous l’impulsion du parti AKP, arrivé au pouvoir en 2003. La reconnaissance du génocide arménien bloque toujours tandis que les Turcs croient de moins en moins en une adhésion à l’Union européenne.

Une chance pour Ankara

Pour Ankara donc, Europalia est une chance. "Un des grands obstacles à l’adhésion de la Turquie à l’Europe sont les préjugés", nous dit Egemen Bagis. "Europalia va nous aider à résoudre certains de ces problèmes résultant des préjugés et nous donner une vraie chance de nous présenter à l’Europe mais aussi de donner à nos propres gens un sens de la culture européenne. C’est un échange."

La signature du protocole avec la Belgique n’était qu’un des volets de la visite du ministre turc à Bruxelles. Celui-ci a inauguré mercredi les bureaux de l’Agence anatolienne de presse et ceux du Musiad, l’organisation patronale des entrepreneurs nouveaux riches de l’Anatolie, proche de l’AKP. "Nous avons ouvert deux nouvelles ambassades à Bruxelles", a-t-il dit lors d’un déjeuner organisé par le Musiad. "Ceci montre que la Turquie fait partie de l’Europe de façon permanente."

Un récent sondage du German Marshall Fund indique toutefois qu’il n’y a plus que 44 % des Turcs à penser que l’adhésion de la Turquie à l’UE serait une "bonne chose". Ils étaient 73 % en 2004. La cause de cette érosion ? Les pourparlers traînent en longueur; la frustration augmente. L’Allemagne et la France craignent l’intégration d’un pays de 76 millions de musulmans et de cette taille dans le bloc européen. Chaque pas vers l’adhésion se fait au millimètre.

"Europalia peut contribuer à améliorer les relations européennes de la Turquie", continue Egemen Bagis, "mais sur le long terme, nous devons prendre des mesures concrètes : lever les restrictions de visas pour permettre aux Turcs de voyager librement vers les Etats membres de l’Union européenne, mieux coopérer dans la lutte contre le terrorisme, accroître nos échanges commerciaux et résoudre certains problèmes venant de notre accord douanier, résoudre le problème de Chypre qui est le grand éléphant dans la pièce, le principal obstacle aux négociations d’adhésion, et débloquer les chapitres d’adhésion bloqués politiquement."

Il est encore trop tôt pour savoir quelles richesses de la Turquie, centre de l’ancien empire ottoman, seront montrées à Bruxelles. "Nous allons en tout cas mettre en lumière les cultures diverses de la Turquie", souligne Kristine De Mulder, directeur-général d’Europalia International.

"Ce que nous cherchons à montrer, ce sont les grandes cultures. Ces dernières années, nous avons eu la Russie, la Chine, l’Inde aujourd’hui, soit l’Europe et l’Asie. Pour le Conseil d’administration, la Turquie était un beau symbole, avec un pied en Europe et un autre en Asie. Nous fêterons nos 45 ans d’existence en 2015."

Dans les semaines qui viennent, les organisateurs belges vont mettre sur pied des tables rondes avec des experts de la Turquie pour en savoir plus, ensuite ils contacteront leurs homologues turcs pour entamer les négociations sur ce qui sera montré à Bruxelles. Didier Reynders a estimé hier que cet Europalia était aussi "une belle opportunité de nouer des liens avec la communauté turque de Belgique". Plus de 150000 Turcs vivent aujourd’hui en Belgique. Ils n’étaient que 320 au début des années 60 avant l’appel lancé par la Belgique à la main-d’œuvre étrangère.