Bert Kruismans: "Stromae est un zinneke"

Le chroniqueur du "café serré" (RTBF) Bert Kruismans donne un goût de dérision aux tensions communautaires et querelles politiques. Mais quelles sont ses cibles favorites ? Et que pense-t-il de De Wever, Di Rupo ou du Roi Philippe ? Bert Kruismans est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Bert Kruismans: "Stromae est un zinneke"
©Alexis Haulot - Jacques Chelle
Jonas Legge

Le chroniqueur du "café serré" (RTBF) Bert Kruismans donne un goût de dérision aux tensions communautaires et querelles politiques. Ses billets, mi sucrés mi amers, sont teintés de l'ironie chère à cette voix venue de Flandre. Bert Kruismans est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Vous vous produisez en spectacle dans toute la Belgique. Les réactions du public diffèrent-elles d'une région à l'autre ?

Il y a des différences d'audience, de réactions entre la Belgique francophone et la néerlandophone. Mais ces différences se marquent surtout entre les grandes villes et la campagne. Les gens de Bruxelles et ses alentours aiment quand je parle de politique et des querelles communautaires. En Flandre et en Wallonie profondes, ils préfèrent que je parle de ma famille, mes histoires personnelles.

Modifiez-vous le contenu en fonction de l'endroit où vous jouez ?

A 90%, il est identique car, tout d'abord, certains Flamands ne sont pas connus des Wallons, et inversement. Je m'adapte aussi à la commune où je joue, en mentionnant le nom du bourgmestre, par exemple. J'essaie toujours d'ajouter une touche locale. Mais je dois davantage l'adapter lorsque je joue aux Pays-Bas qu'en Wallonie. Les choses en commun sont plus nombreuses entre Flamands et francophones qu'entre Flamands et Néerlandais. M. José Happart est assez inconnu à Amsterdam. Je suis désolé pour lui mais c'est comme ça...

Tom Lanoye (photo ci-dessous) et vous-même êtes connus du côté francophone. Mais des artistes francophones rencontrent-ils le succès en Flandre ?

Ah! Stromae hein, bien sûr ! Mais la langue reste une difficulté. On sait que le néerlandais est un problème pour les francophones, tout comme le français devient un problème pour beaucoup de Flamands. Je pense que, dans quelques années, les Belges vont communiquer entre eux en anglais. (rires)

En tant que chroniqueur, vous aimez taquiner les politiques. Quelles sont vos cibles favorites ?

Je n'en ai pas mais certains font plus de gaffes que d'autres. Je parle beaucoup de la N-VA, parce que c'est le plus grand parti belge. C'est donc normal que j'en parle plus que le PTB ou que M. Modrikamen. Tiens, il est encore vivant ? (rires) La N-VA m'inspire aussi parce que ce parti manque beaucoup d'expérience et fait des gaffes. Et du côté francophone, je ne sais pas pourquoi, ceux qui m'inspirent le plus sont Didier Reynders et André Flahaut. Et ceux qui me posent le plus de problèmes d'inspiration, ce sont les écolos. Alors je lance un appel : "Mesdames, Messieurs les écolos, sortez plus, donnez-moi des conneries !"

Passons maintenant en revue quelques personnalités et dites-nous ce qu'elles vous inspirent. Tout d'abord, Bart De Wever...

Rho, c'est difficile... Mince, c'est correct ? Allez, disons que c'est un type intelligent mais qui est coincé entre Anvers en Bruxelles pour le moment. Jusqu'à maintenant, il pouvait toujours donner l'impression d'être dans l'opposition, même si la N-VA est dans la majorité flamande depuis 2009. Depuis qu'il est bourgmestre d'Anvers, il ne peut plus dire "I am the new kid on the block". Or, il doit gérer la plus grande ville de Flandre, le plus grand parti belge et, en plus, il est mal entouré. Ses collaborateurs, les députés, les vice-présidents manquent d'expérience et n'ont pas son aisance avec les médias.

Passons à Elio Di Rupo...

Il est fort handicapé parce qu'il parle très mal le néerlandais. Mais ses collaborateurs savent gérer tout ça. Au début, tout le monde trouvait bizarre d'avoir un Premier ministre wallon. Maintenant, on dit plutôt "bah oui, c'est lui le Premier ministre..." Mais, puisqu'il n'existe pas de circonscription fédérale, Di Rupo ne doit pas gagner de votes en Flandre. On ne votera qu'en Wallonie pour ce monsieur-là.

Que vous inspire Olivier Maingain ?

Je suis de plus en plus convaincu, quand je regarde la Belgique et Bruxelles, qu'Olivier Maingain est un homme du passé. Il vit encore dans le Bruxelles d'il y a 30 ans, qui était francophone. Maintenant, c'est une ville très internationale, où certaines personnes ne parlent qu'en anglais et plus du tout en français. M. Maingain n'est donc plus adapté à la ville de Bruxelles d'aujourd'hui.

Dernière personnalité : le Roi Philippe...

C'est très difficile. Comme je l'ai dit dans l'émission "Tournée générale", "des royalistes en Flandre, c'est comme des zèbres en Norvège : il y a en a mais c'est assez rare..." Je suis désolé mais c'est vrai, on ne peut pas le nier ! Nous, les Flamands, ne sommes pas contre la famille royale mais nous sommes indifférents... Qui s'est intéressé à la Joyeuse entrée à Anvers ? Personne ! Juste des personnes âgées parce qu'elles avaient l'opportunité de voir en vrai des gens qu'elles voient généralement à la télé. Et de l'autre côté, c'était les flamingants. Ce sont les 50 mêmes, qui ont beaucoup de temps, qui ne doivent pas travailler et qui hurlent constamment les mêmes slogans. Quant à tout le reste de la population, elle s'en fiche !

Certaines personnalités dont vous vous êtes moqué vous ont-elles signifié leur mécontentement ?

M. Maingain, oui. J'ai déjà dit la chose suivante devant lui : que lui et moi avions beaucoup de choses en commun -dont des mères qui viennent d'Alost- et que, dans ce cas, il est un demi-Flamand envoyé à Bruxelles pour saboter le tout. Et ça, il n'aime pas ! Il n'aime vraiment pas... (rires)

Quel regard portez-vous sur la politique communautaire qui anime certains Flamands ?

Le problème réside dans le fait qu'il n'existe pas de partis belges. Ce serait fondamentalement différent si l'on pouvait voter pour Elio Di Rupo en Flandre et pour Bart De Wever en Wallonie. Car nous avons des politiciens uniquement du nord et du sud, qui font seulement campagne dans leur communauté. Et ce n'est que le jour qui suit les élections qu'ils comparent ensemble les résultats et discutent. Des journalistes m'ont dit qu'ils étaient convaincus qu'en 2007, lorsque Yves Leterme - tiens, vous vous rappelez de lui ? (rires) - a récolté 800 000 voix, il n'avait même pas le numéro de gsm de Joëlle Milquet ! D'accord, elle le perd tout le temps... mais quand même, ce n'est pas normal...

Vous craignez l'après 25 mai 2014 ?

Non, pas vraiment. Ce sera très intéressant pour mon boulot d'humoriste et de chroniqueur ! Mais c'est quand même remarquable : côté francophone, vous avez toujours peur. Avant les élections de 2010, c'était la peur d'Yves Leterme. Puis, quelques semaines après les élections, c'était la peur d'un autre type, venu d'Anvers. Bart De Wever devenait alors le nouveau méchant loup. Ce n'est pas nécessaire de réfléchir comme ça...

Qu'est-ce qui unit encore Flamands et francophones dans notre pays ?

Beaucoup de choses qui, pour les journalistes ou les observateurs, sont trop ordinaires. Cela se situe dans nos coutumes, nos manières de réfléchir, de parler avec les gens, de les accueillir, la gastronomie,... Et même certains mots dans les patois locaux. "Een jatte café nemen", tout le monde comprend, d'Alost à Charleroi. Ça, les gens ne le savent plus... Quand je suis en Wallonie, je me sens chez moi. Je trouve évident que, peu importe où l'on se trouve dans le pays, l'on entende l'autre langue nationale. Mais parfois les gens regardent vraiment bizarrement...

Dans votre spectacle "La Bertitude des choses", vous évoquez les héros. Y a-t-il encore des héros en Belgique ?

De moins en moins parce qu’il y a a trop de technologies. Les jeunes peuvent aujourd'hui devenir leur propre héros. On peut se construire sa propre image, à sa guise. Quand j'étais jeune, c'était même impossible de réécouter sa propre voix. Mais, heureusement, les gens aiment encore partager les émotions, comme à Werchter ou le 21 juillet. Malgré tout, il existe encore des héros, comme les Diables rouges, Tom Boonen ou Philippe Gilbert.

Et Stromae, est-il un héros à vos yeux ?

Oui, aussi, mais surtout à Bruxelles et pour les jeunes. C'est un "zinneke", né d'un père noir et d'une mère flamande. A l'époque, un type comme Eddy Merckx était un vrai héros pour les gens de 8 à 88 ans. Maintenant, ma tante, qui 80 ans, je suis désolé mais elle ne connait pas Stromae. Tout le monde a ses propres niches de héros aujourd'hui.

Photos : Reporters/Belga/Haulot

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