Clarté en vue dans les dépenses à la Biennale de Venise

La ministre Laanan (PS) a décidé de jouer la transparence dans les versements à l’artiste Angel Vergara.

Frédéric Chardon
Clarté en vue dans les dépenses à la Biennale de Venise
©Photo News

La polémique entourant l’artiste d’origine espagnole Angel Vergara connaît un coup d’accélérateur : une procédure vient en effet d’être intentée auprès du Conseil d’Etat afin d’obtenir le décompte final de tous les frais et honoraires payés par les caisses publiques à Angel Vergara pour l’organisation, le transport et les frais annexes relatifs à sa mission au sein du pavillon belge de la Biennale de Venise de 2011.

Pour rappel, comme "La Libre" l’avait révélé en septembre dernier, la nomination par la ministre de la Culture Fadila Laanan (PS) de l’ex-représentant de la Communauté française à Venise a été annulée par le Conseil d’Etat. Raison : l’absence de réelle mise en concurrence et de transparence dans le processus mis en place à l’époque pour la sélection de l’artiste qui aurait l’honneur de représenter les Belges francophones lors de l’exposition internationale.

Suite de l’affaire, donc : un artiste (Charles Szymkowicz) qui, vu la procédure opaque, n’avait pas pu déposer sa candidature pour être éventuellement désigné à la place d’Angel Vergara vient d’intenter un recours au Conseil d’Etat contre l’absence de transmission par la Communauté française des documents justifiant les sommes versées à l’artiste pour sa mission vénitienne.

Droit d’accès pour le plaignant

Suite à l’absence initiale de réaction du cabinet Laanan face à la demande de Charles Szymkowicz au sujet de l’accès aux comptes concernant la Biennale, le plaignant avait saisi la Commission d’accès aux documents administratifs. En octobre dernier, cette commission a rendu un avis favorable à sa demande de transparence : "Aucun motif ne restreint l’accès aux documents demandés par monsieur Szymkowicz." Toutefois, Fadila Laanan s’est abstenue de toute communication depuis lors, de sorte que l’absence de transmission des documents équivaut désormais à un rejet. C’est cette décision de rejet - ou plutôt cette non-décision - qui est désormais attaquée.

Mais, contactée hier, la ministre affirme désormais vouloir assurer quand même toute la transparence dans les comptes de la Communauté à la Biennale de 2011. "Je vais faire envoyer un courrier immédiatement pour demander que l’on transmette les documents demandés à monsieur Szymkowicz, confie-t-elle. Puisque la Commission d’accès aux documents administratifs a donné un avis favorable, je vais suivre cet avis." Le recours au Conseil d’Etat devient donc inutile.

A l’origine, cependant, le cabinet Laanan s’était opposé à cet accès. Le cabinet estimait que l’artiste lésé ne pouvait pas invoquer un intérêt réel dans le dossier car il n’était pas certain qu’il aurait été désigné si la procédure ayant abouti à la nomination de Vergara avait été ouverte à tous. Ni qu’il aurait utilisé l’argent public mis à sa disposition de la même manière que Vergara. Par ailleurs, Fadila Laanan craignait qu’en communiquant les sommes versées à Angel Vergara, on puisse mal interpréter ces totaux : il faudrait, selon elle, les rapporter aux chiffres globaux de l’organisation d’un événement tel que la Biennale.