Monnaie : Larbi Cherkaoui est "très triste"

La chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui réagit à son tour à l’annonce de la fin de la danse à la Monnaie.

Monnaie : Larbi Cherkaoui est "très triste"
©Shell Shock, Sidi Larbi Cherkaoui
Entretien : Guy Duplat

La chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui réagit à son tour à l’annonce de la fin de la danse à la Monnaie.

Le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui est sollicité partout dans le monde, il réussit le miracle de fédérer tous les publics autour de ses spectacles. Lui aussi est frappé par la décision annoncée par la Monnaie d’arrêter la danse (lire nos éditions précédentes). Il nous l’explique depuis Tokyo où il prépare activement une nouvelle mise en scène, de théâtre cette fois, qui aura sa première le 10 janvier.

« Je ressens une énorme tristesse, nous dit-il. Cela faisait sept ans que je travaillais en étroite collaboration avec la Monnaie. A son arrivée à la tête de la Monnaie, Peter De Caluwe voulait donner toute sa place à la danse avec Anne Teresa De Keersmaeker, Akram Khan et moi. Tous mes spectacles ont été montrés à Bruxelles avec la Monnaie, que ce soit à la Monnaie même ou dans d’autres salles mais avec l’appui de la Monnaie. Si cet appui cesse, je perdrai non seulement des moyens de coproduction mais aussi le lieu où je pouvais présenter mon travail à un public bruxellois. Je ne sais pas où j’irai demain. Nous avions discuté Peter et moi d’un nouveau projet, un trio, pour l’année prochaine. Cela ne pourra plus se faire du tout.»

« Je comprends, ajoute-t-il, que Peter n’a pas eu, sans doute, le choix avec les contraintes budgétaires qu’on lui a imposées. En montant l’opéra « Shell Shock », j’ai côtoyé le choeur et l’orchestre de la Monnaie et je comprends que Peter veuille leur donner la priorité mais je ne peux aussi m’empêcher d’être très triste. »

N’est-ce pas paradoxal qu’un gouvernement qui veut soutenir les entreprises (une grande compagnie de danse est une entreprise) et valoriser l’image de la Belgique se prive de la vitrine mondiale que sont les spectacles d’Anne Teresa De Keersmaeker et de Sidi Larbi Cherkaoui qui font le tour du monde?

« Quand j’ai montré Shell Shock, il y avait à la première à la Monnaie, des gens venus des quatre coins du monde voir ce qu’on avait fait : d’Australie, de New York, de toute l’Europe bien sûr. Il est clair que si de tels projets ne peuvent plus se faire à Bruxelles, celle-ci va perdre un peu de son importance pour le reste du monde et que je devrai sans doute réorienter l’axe de gravité de mon travail et que je devrai plutôt me concentrer sur Londres, Paris ou Tokyo. »

Incrédulité

« L’annonce de la direction de la Monnaie de supprimer toute sa programmation danse me frappe d’incrédulité, a expliqué Anne Teresa de Keersmaeker hier dans un communiqué. La danse fait historiquement partie de la mission de la Monnaie. Après l’époque glorieuse du duo Béjart/Huisman, le budget de la danse a été systématiquement réduit. La Monnaie, d’abord sous la direction de Gerard Mortier puis sous celle de Bernard Foccroulle, n’a cessé de diminuer ses investissements dans la danse. À présent, Peter De Caluwe supprime tout. Cette évolution oppose un contraste criant au statut de capitale internationale de la danse de Bruxelles.

Depuis trente ans déjà, Rosas donne ses spectacles de danse dans de métropoles comme Paris, Londres, Berlin, Amsterdam, New York, et, en Belgique, à Anvers, Gand et Bruxelles. La décision de Peter De Caluwe implique que Rosas n’aura désormais plus de « maison » pour l’accueillir à Bruxelles. Cherche-t-on à me faire passer le message que je dois chercher un autre lieu/une autre ville ? »


Sur le même sujet