Occupation de la Monnaie: le collectif maintient sa tribune et rencontrera le gouvernement

Le collectif Bezet La Monnaie occupée, qui a investi le Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles et y a organisé des tribunes artistiques et politiques dénonçant des inégalités renforcées à la suite des mesures prises dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, a obtenu, dimanche soir, de poursuivre ses activités sur le parvis de la Monnaie. Il ne pourra, par contre, plus occuper l'intérieur du théâtre.

Placée sous le signe de "Prendre place", la journée de dimanche est devenue celle d'une "fête de clôture" de l'occupation de l'intérieur de l'institution, mais aussi une soirée de négociations. L'agora continue, et Bezet La Monnaie occupée sera entendue par les ministres fédéraux.
Placée sous le signe de "Prendre place", la journée de dimanche est devenue celle d'une "fête de clôture" de l'occupation de l'intérieur de l'institution, mais aussi une soirée de négociations. L'agora continue, et Bezet La Monnaie occupée sera entendue par les ministres fédéraux. ©Belga
Marie Baudet (avec Belga)

Après deux semaines d'occupation – et alors que le mouvement #StillStanding vient d'annoncer un déconfinement raisonné de la culture entre le 30 avril et le 8 mai –, le Théâtre royal de la Monnaie a signifié dimanche au collectif Bezet La Monnaie occupée son souhait de le voir quitter les lieux dès le soir même.

Un accord avec l'institution permettait au collectif de l'occuper jusqu'au 19 avril, "mais au vu des décisions insatisfaisantes du dernier Codeco, il était primordial pour nous de continuer à exercer un rapport de force avec le gouvernement, en prolongeant cette occupation", indique le collectif, avec dans le viseur le Codeco prévu le 23 avril et les "décisions cruciales" qui doivent y être prises. "L'urgence de continuer à occuper, de faire entendre nos revendications, n'a jamais été aussi brûlante."

La Monnaie justifie cette décision par la tenue d'un opéra en streaming (Le Tour d'Écrou, de Benjamin Britten, sera joué en streaming live le 29 avril puis diffusé jusqu'au 6 mai). Le collectif pointe la divergence quant aux "priorités culturelles pour le monde de demain" (à savoir un événement réservé à "une frange privilégiée de la société" et donnant priorité à la "numérisation de la culture"). "Nous ne voulons aucunement porter atteinte au travail des artistes qui ont la chance d'en avoir", insiste Bezet La Monnaie occupée, mettant en exergue le "pionnier de la désobéissance civile" que fut le compositeur Britten, "objecteur de conscience pendant la guerre, et ouvertement homosexuel dans une période où tout cela était puni par la loi".

Intervention de la police

Dimanche à 21h, le collectif Bezet La Monnaie occupée était toujours sur place, malgré l'injonction de la direction du théâtre de quitter les lieux pour 19h. Des négociations étaient en cours entre le collectif et la direction. La police a également dû intervenir. "Nous avons été avisés que des personnes se trouvaient dans le Théâtre de la Monnaie", a commenté Olivier Slosse, porte-parole de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles. "Nous nous sommes rendus sur place pour assister la sécurité et il y a pour le moment une négociation en cours entre les responsables de ce groupe de personnes et la direction de la Monnaie. Nous restons présents pour le moment. Il y a environ une centaine de personnes", a-t-il dit.

Présences sans contact

Depuis le premier jour – le 3 avril –, l'occupation s'est déroulée dans le strict respect des règles sanitaires, tests Covid inclus, "et sans contact avec les travailleuses et travailleurs à l'intérieur de la Monnaie, comme demandé par la direction", rappelle le collectif, soucieux de montrer que sa présence dans le bâtiment (limitée au foyer et au bar du rez-de-chaussée) ne met en péril ni la santé, ni la sécurité des équipes au travail dans la "Maison d'opéra fédérale au sein de la capitale de l'Europe", ni la production de l'opéra.

"Depuis le 3 avril, le soutien de plus en plus important qui est exprimé quotidiennement à notre occupation et à nos tribunes confirme que le besoin de culture, de lien et de débat est essentiel et préoccupe bien au-delà du secteur culturel", poursuit le collectif.

"Cette fracture idéologique et cette décision brutale et incompréhensible reflètent ce qui nous sépare des décisions gouvernementales incohérentes, discriminantes et liberticides que nous subissons depuis plus d’un an", avance Bezet La Monnaie occupée. "Nous avons entendu sur cette scène les voix de dizaines de secteurs et personnes impactées par cette même idéologie qui pré-existait à cette crise. Ce soir, nous sommes priés de plier bagage. Ce soir, nous sommes priés de ne pas faire de vagues. Ce soir, comme tous les autres soirs à venir, nous sommes priés de nous taire et de disparaître."

Samedi, au jour 14 de l'occupation, la chorale Fritüür se produisait sur le parvis de la Monnaie.
Samedi, au jour 14 de l'occupation, la chorale Fritüür se produisait sur le parvis de la Monnaie. ©Céline Delbecq


"Votre attention s'il vous plaît. Nous constatons que les mesures Covid ne sont pas respectées. Nous vous demandons de mettre un terme à l'action et quitter les lieux." Déployée sur la place de la Monnaie dans la soirée de dimanche, la police diffusait ce message vers 21h45, peu après que des membres du collectif Bezet La Monnaie occupée – ayant annoncé que des négociations seraient menées avec les politiques – ont appelé les personnes présentes à se disperser, à l'approche du couvre-feu, et à rentrer chez elles.

En clôturant une journée prévue sous le signe de "Prendre place" puis, vu la tournure de l'occupation écourtée, de "Soirée de clôture", le collectif a également indiqué que, bien que n'ayant plus accès à l'intérieur de Monnaie, il pourra poursuivre les tribunes offertes quotidiennement sur le parvis. En outre, Bezet La Monnaie occupée aurait obtenu une rencontre avec les ministres fédéraux, avant le Comité de concertation prévu vendredi 23 avril, à propos des mesures Covid pour la culture.

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