Le secteur culturel demande que "soit abolie la règle des 200 spectateurs maximum"

Une trentaine d'artistes, francophones et néerlandophones, dénoncent, à la veille d'un nouveau Comité de concertation, cette mesure qu'ils qualifient de "totalement arbitraire et inefficace".

Le secteur culturel demande que "soit abolie la règle des 200 spectateurs maximum"
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St.Bo.

À la veille d'un nouveau Comité de concertation (Codeco) fixé ce mercredi 22 décembre à 14h, le secteur culturel se mobilise plus que jamais pour alerter les autorités du pays sur les graves conséquences des nouvelles restrictions imposées depuis plusieurs semaines à la culture : report des événements debout et limitation des jauges à 200 spectateurs quelle que soit la taille de la salle.

"Une politique à deux vitesse"

Dans une carte blanche, une trentaine de signataires, francophones et néerlandophones, wallons, flamands et bruxellois, (liste ci-dessous) rappellent que "lors du dernier comité de concertation, des restrictions ont à nouveau été imposées au secteur culturel". "Plusieurs acteurs du monde du théâtre et de l'opéra ont, à juste titre, réagi avec colère. Une représentation artistique avec plus de 200 spectateurs serait un problème, alors même que la salle a une capacité de 800 personnes et que la qualité de l'air est parfois meilleure à l'intérieur de l'auditorium qu'à l'extérieur, dans les rues de la ville. Un mariage avec 500 invités serait, par contre, autorisé. Si quelqu'un trouve cela compréhensible, il faudra qu'il nous explique."

Ils poursuivent : "En mars 2020, le secteur a lui-même choisi de se mettre en lockdown, avant même que cela ne soit obligatoire, par sécurité et par solidarité envers les soins de santé. Au cours de l'été, tout a été rouvert pendant un certain temps, sous l'égide de protocoles clairement établis, et avec la certitude que les choses allaient s'arranger. Plusieurs études ont également montré que les clusters ne pouvaient être imputés au secteur culturel. Mais une fois de plus, les salles de concert et les théâtres sont restés fermés. Cela a été le début d'une politique à deux vitesses. Une politique systématiquement court-termiste et oubliant toute consultation des professionnel.le.s de la culture. Préparer des concerts ou des productions sans savoir si on pourra les présenter, annulations, déménagements, pertes de revenus, sont devenus la norme dans un secteur où les contrats intermittents et le travail flexible sont monnaie courante. L'impact économique de cette crise a été énorme".

"Nous voulons des actes!"

Si, fin novembre, le comité de concertation a autorisé que soient maintenus les spectacles avec un public assis, masqué et en possession d'un Covid Safe Ticket (CST), "quelque jours plus tard, ce même comité décide, sans consulter le secteur, d'imposer une limite maximale de 200 spectateurs pour tous les événements", écrivent encore les signataires. "Une mesure totalement arbitraire, inefficace, qui ne tient pas compte de la capacité des lieux et qui, pour de nombreuses organisations, équivaut de facto à un nouveau verrouillage culturel", fustigent-ils.

"Enfin, comble de l'incohérence, des voix au sein même des gouvernements s'élèvent contre ces mesures (les ministres de la Culture Bénédicte Linard et Jan Jambon plaident pour revoir la jauge arbitraire fixée à 200 personnes maximum, NdlR). Maintenant, nous voulons des actes !"

À quand un plan à long terme?

"Nous sommes à la veille d'un énième comité de concertation et nous demandons qu'un plan à long terme soit enfin élaboré et fixé." De fait, "les protocoles sont en place, le secteur a prouvé qu'il était capable de travailler en toute sécurité. De nombreux sites ont investi massivement dans la sécurité et la ventilation". Dès lors, "nous demandons que soit abolie la règle des 200 spectateurs maximum dans les lieux qui peuvent fonctionner en toute sécurité. Nous demandons des aides financières pour les petites salles de spectacle et des investissements dans des systèmes de ventilation efficaces".

"Il est temps de donner à la culture sa place, de consulter le secteur et de tenir compte de son expertise, concluent-ils. Ce n'est qu'avec des investissements et une vision à long terme que nous pourrons continuer à nourrir l'esprit de notre public. Ce n'est qu'avec des investissements et une vision à long terme que nous pourrons, même dans une pandémie qui se prolonge, continuer à offrir l'art et la culture au plus grand nombre".

Personnes ou structures signataires :

Tristan Faes, chanteur d’opéra

Camille Dawlat, artiste

Mario Franssen, Directeur ManiFiesta

Antoine Giet, comédien

Cie Artaban

Catherine Legros, socio-culturel

Article 27 Wallonie ASBL

Mélanie Robin, comédienne

Leonor Bailleul, chanteuse/comédienne

Dominique Van Cappellen, musicienne

Raphaëlle Bruneau, comédienne

Marc Scius, CSC Culture

Frans Van Isacker, musicien

Sarah Defrise, chanteuse lyrique

Gaëtan Wenders, comedien

Stephane Ginsburgh, musicien

Ria Carbonez, conteuse

Christian Schaubroeck, conteur

Peter de Caluwé, intendant De Munt/La Monnaie

Hélène De Wilde, comédienne

Benoit Anciaux, comédien

Hester Orlandi, comédienne

Trien Cornelis, chanteuse

Jan Busselen, musicien

Emma Posman, soprano

Mille Lundt, artiste du cirque

Kelly Poukens, soprano

Tutu Puoane, musicienne

Jérôme Colleyn, musicien

Cédric Feye, musicien

Alberto Di Lena, musicien

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