Après deux ans de crise, le rapport des étudiants à la culture a-t-il changé?

Contribution externe
Après deux ans de crise, le rapport des étudiants à la culture a-t-il changé?
©shutterstock

Une contribution d'Arnaud Lemaire, membre de l'Etincelle, un kot-à-projet néo-louvaniste centré sur le journalisme dont La Libre Etudiant est partenaire.

Le printemps est là, et, avec lui, disparaissent peu à peu les différentes mesures auxquelles nous nous étions habitués depuis près de deux ans. Au revoir masques, CST, confinements. Nous avons conscience de recouvrer la vie « comme avant », mais changée tout de même. Mais qu’en est-il de cette culture, menacée à plusieurs reprises, toujours défendue bec et ongle ? Comment la considère-t-on désormais en tant qu’étudiants ?

Elle avait suscité un sentiment d'indignation lorsqu’elle avait été menacée de fermeture ; elle avait été défendue lorsqu’on la disait non essentielle ; des gens s’étaient dressés et rebellés lorsqu’on prévoyait plus récemment de l’interdire à nouveau, dans les lieux consacrés. Bref, il apparaissait très clairement, à travers toutes ces manifestations, que la culture était un élément constituant de notre société, et que jeunes comme plus âgés se sentaient affectés par son sort.

Aujourd’hui, tout est presque rentré dans l’ordre, et l’on peut se rendre au théâtre, au cinéma, à l’opéra sans aucune restriction. Mais, force est de constater que certains éléments se présentent comme auparavant : plus de Une dans les journaux concernant tel spectacle, tel film ; très peu de jeunes aux représentations théâtrales. Soline, Chanelle, Florent, Martin, Alice, Blandine, Cendric, etc. tous sont étudiants à l’UCLouvain, et l’étaient dès les débuts de la crise sanitaire. Ils sont unanimes : leur rapport à la culture n’a, au mieux, que très sensiblement changé. Presque tous s’accordent pour dire que l’accès à la culture leur a cruellement manqué lors des confinements. Toutefois, Florent n’a ressenti cela que pour les événements festifs, les concerts, les festivals. Nullement habitué du théâtre ou de l’opéra, il a su trouver d’autres moyens satisfaisants pour palier l’impossibilité de se rendre au cinéma. « Dans le fond, j’ai su accéder à tous les arts qui m’intéressaient – un film sur mon ordinateur, un livre, de la musique. Il n'y a qu'avec les festivals que je ne pouvais pas. L’important là c’est l’ambiance, les gens. ». De son côté, Martin avoue n’avoir soutenu la culture qu’en pensant à la situation matérielle des intermittents du spectacle. Il s’agissait surtout d’un soutien envers eux, dans une période difficile ; soutien qui semble dès lors moins pertinent, la situation se rétablissant.

Si Soline se souvient avoir eu la nostalgie des bandes-annonces de films durant la période "morte", si Cendric observe avoir acquis un certain niveau de conscience supplémentaire quand il va au cinéma ou au théâtre, ils le reconnaissent, rien n’a drastiquement changé. Martin et Soline, les seuls qui côtoyaient les théâtres régulièrement avant le Covid-19, sont les seuls à y retourner désormais. Du côté des films, l’habitude des plateformes de streaming s’est installée pour beaucoup ; plus qu’avant, quand il s’agit de regarder un film, on se tournera spontanément vers son ordinateur.

Finalement, cette culture a constitué un élément important – essentiel – pour ces différents étudiants. Ils ont su, et dû, s’adapter durant les confinements. Ainsi, ils ont repris des livres, des CD, des DVD, bien que les regarder seuls distorde leur rapport. S’ils ont pu accéder « au fond » des arts, la forme y manquait quelque peu. Au-delà de la culture en elle-même, c’est l’absence de gens avec qui la partager qui les a surtout marqués. Celles et ceux qui ne la partageaient pas dans un théâtre, dans une salle projection n’en ont donc pas été impactés, tandis que l’absence de festivités, de soirées, de festivals – moment de rencontre, de joie, de danse – a elle été bien plus significative. Ce que l’on appelle « culture » est une chose bien vaste, qui touche chacun différemment. Certains entendront « pièce de théâtre », d’autres « concert de musique classique » et encore « fêtes ». Il s’agit, tout compte fait, d’avoir une expérience à partager, d’avoir une vie avec l’autre. Cette vie revient, un peu changée, mais de nouveau, la rencontre est possible. Peut-être est-ce alors la définition même de « culture » qui s’est déplacée, voire agrandie.