Nobuyoshi Araki est un des grands photographes actuels même s'il traîne une réputation sulfureuse. Le photographe japonais envahira le musée de la Photo de Charleroi à partir du 23 septembre, où il montrera l'essentiel de sa rétrospective qui se termine actuellement à Londres, à la Barbican Gallery, soit 4000 photos qui tapisseront les murs de tout le musée.

Araki est un obsédé de la photo, mitraillant partout et toujours. Il a publié plus de 300 livres. Ses photos alternent le meilleur et le moins bon, le sublime et le plus ordinaire. Il peut photographier tous les repas de sa femme avant sa mort, ou prendre après son décès une photo par jour depuis son balcon. Il photographie aussi les rues de Tokyo, les fleurs, et surtout bien sûr, les femmes. Sa réputation (mais il serait dommage de ne s'arrêter qu'à cela) repose sur ses innombrables photos de nus, ou de quasi nus habillés d'un kimono défait, des femmes souvent ligotées, suspendues, parfois «ornées» de sang ou d'animaux dangereux comme des serpents. Il faut prendre Araki comme un tout, avec sa débauche de photos. A la Barbican Gallery, on trouve ainsi tout un mur couvert de photos simplement punaisées. Cette expo (intitulée «Self, life, death.») sera sans conteste un événement et sans doute un sujet de polémique. Après les succès des expos Lee Miller et Don Mc Cullin, Xavier Canonne continue ainsi dans une voie ambitieuse.

Nouveau musée

Auparavant, le musée propose des Belges: Paolo Pellizzari, Véronique Vercheval, Alain Breyer et Julien Coulommier.

Mais le grand défi de Xavier Canonne est l'extension du musée. Avec ses 12 expos annuelles (4 fois trois expos) et ses 50000 visiteurs par an, celui-ci est fort à l'étroit dans ses locaux de Mont-sur-Marchienne. Le personnel y travaille dans des conditions précaires et - simple exemple - il est inimaginable qu'un vrai fléchage vers le musée ne soit toujours pas organisé par l'administration des routes à partir des autoroutes avoisinantes. Insensé!

L'extension revient à ajouter 50pc à la surface utile du musée qui passera de 4000 à 5800m2. Le projet d'Olivier Bastin et l'Escaut prévoit un bâtiment qui tranche heureusement avec l'actuel. Un porte-à-faux autoportant surmontera un jardin de fougères. Des bambous joueront les rôles de pseudo-supports. Un jardin d'hiver est prévu. Le parement en bois prévu pour la façade a été refusé par les pompiers. Le nouveau projet utilise l'intervention de l'artiste Jeanne Cohen qui recouvre le bâtiment de profilés en aluminium dont les reflets et les couleurs animeront la façade. Si l'aile recevra peu la lumière naturelle (pour protéger les collections), elle donne sur le parc et Canonne espère l'intervention de la région pour ouvrir ce parc au public. L'extension abritera un «vrai» service éducatif, une «vraie» bibliothèque, une extension des salles des collections permanentes, une cafétéria, une salle de projection. Il était temps. Les travaux débuteront à la mi-avril et devraient se terminer en septembre 2007. Il n'est pas exclu que le musée doive - en tout ou en partie - fermer ses portes au public en 2007. Le coût est de 3,45 millions d'euros, partagés par la Communauté française et l'Objectif 1. La ville a confié au même Olivier Bastin l'aménagement des tristounets abords.

«Doubler les subsides»

Qui dit nouveau musée (« ce sera un vrai nouveau musée», explique Canonne) dit nouveaux frais de fonctionnement. Xavier Canonne a calculé qu'il lui faudrait - hors gardes pour le parc - 5 personnes de plus, portant le personel de 26 à 31 personnes. Il se propose de diminuer le nombre d'expos et de n'en faire plus que 3 grandes par an au lieu de 4 afin qu'elles durent plus longtemps. Il se propose d'accroître fortement les rentrées propres avec l'art shop et la cafétéria. Mais il n'empêche: « Je veux que les subsides de la Communauté doublent et passent de 331000 euros annuels au double. Je suppose que cela sera possible dans le cadre du nouveau décret musées. Il ne faudrait pas que tout aille au Grand Hornu. La ville de Charleroi qui me donne une somme dérisoire de 25000 euros par an devrait tripler ce montant. La région, qui paie déjà l'essentiel de notre personnel via des contrats APE, pourrait aussi augmenter sa participation et oeuvrer par exemple à une meilleure signalétique.»

Des demandes nullement exagérées pour un des rares musées de la Communauté dont les collections et les expos sont connues internationalement.

© La Libre Belgique 2006