La Belgique fédérale garde dix joyaux, ses établissements scientifiques fédéraux (grands musées, Observatoire, Bibliothèque royale, IRM, aéronomie spatiale, Archives générales). Mais quatre d’entre eux sont toujours dirigés par des intérimaires et tous (2800 personnes) attendent avec plus ou moins d’anxiété ou d’opposition, le big bang annoncé : le regroupement des dix ESF en quatre pôles, dirigés chaque fois par un seul directeur et pouvant impliquer des fusions et des échanges de collections.

Ce projet est porté par le ministre de tutelle, Philippe Courard (et avant lui, Paul Magnette) et mis au point par Philippe Mettens, le patron de la politique scientifique (Belspo). Un des principaux arguments avancés est la rationalisation et l’économie générée. Le nombre de fonctions à mandat serait ramené de 64 à 36 pour l’ensemble. Les fonctions d’appui seraient centralisées au siège de Belspo, avenue Louise. Au total, on parle d’une économie annuelle de 7 à 8 millions d’euros. Philippe Courard et Philippe Mettens espéraient faire passer le projet au conseil des ministres avant les vacances, afin de lancer ensuite l’appel à candidatures aux directions des "Pôles" et de rendre ceux-ci opérationnels au 1er janvier 2014. Mais les réunions en intercabinets ont amené de nombreuses interrogations, voire parfois des oppositions. L’étude en intercabinets est donc reportée à septembre.

Contactés par nous, le ministre et le patron de Belspo minimisent les difficultés : "Des interrogations sur ce dossier complexe et important subsistent, dit-on chez Courard, mais ce n’est pas, d’après nous, la réalité des économies qui pose le plus de questions. Des avis complémentaires ont été surtout demandés aux commissions scientifiques." Philippe Mettens parle d’un "certain consensus "et d’un avis à demander encore aux scientifiques membres des conseils des ESF et d’un report à septembre dû avant tout au planning "royal".

A lire cependant les comptes-rendus des groupes intercabinets, de nombreuses questions semblent demeurer chez les sociaux-chrétiens et les libéraux. D’abord, sur la philosophie même où certains s’étonnent que les "synergies entre ESF" dont parle la déclaration gouvernementale soient devenues des "regroupements" voire des "fusions". Ce serait donc un revirement à 180 degrés par rapport au "Livre blanc" sur les ESF publié il y a dix ans par Charles Picqué et qui prônait au contraire, une autonomie renforcée de chaque ESF avec des contrats clairs d’objectifs. On reproche aussi le manque de concertation, y compris avec les Communautés, mais aussi avec une opposition en interne parfois vive à l’encontre de ces projets. Aucun pays n’a semble-t-il regroupé sa Bibliothèque et ses Archives. Regrouper Tervuren et les sciences naturelles, a-t-il un sens ? Et le "Pôle Art" avec les Beaux-arts, le Cinquantenaire et l’Irpa n’est-il pas d’une taille ingérable ? Certains craignent une centralisation trop forte entre les mains de Belspo et de Philippe Mettens. La réalité des économies et la réalité de l’efficience recherchée sont parfois mises en doute.

Tout cela sur fond de tensions politiques et communautaires, à quelques mois des élections. A suivre en septembre.