Si des mesures ne sont pas prises d’urgence, «nous sortirons tous en bonne santé de cette crise, mais sans art», a déclaré Priscilla Adade, actrice, productrice dans une intervention vibrante, lors d’une séance historique, à la Chambre, ce vendredi 29 mai. Une commission des affaires sociales a en effet donné la parole au secteur culturel, largement représenté et le plus impacté par la crise du coronavirus, avec une perte de 93 pc de ses revenus. Pendant que les Gafam s'enrichissent considérablement .

De Frédéric Young, (délégué général Scam-SACD Belgique) à Isabelle Jans (Aires Libres, Fédération des arts du cirque, forains et de la rue) en passant par Samuel Tilman (réalisateur, producteur et metteur en scène) ou Virgine Devaster (directrice de la CTEJ, chambre des théâtres pour l’enfance et la jeunesse), ils sont nombreux à avoir pu parler du quotidien des artistes, de leurs réalités et revendications, de leur esprit fédéré et de la nécessité de revoir un statut, qui les assimile aux chômeurs, alors qu’il leur arrive de travailler jusque soixante heures par semaine, a précisé Samuel Tilman. Des paroles écoutées et surtout entendues par les partis politiques, presque unanimes pour sortir la culture de son impasse et, comme l’a souligné François De Smet (Défi),  à résoudre le problème de fond, créer un statut d’intermittent, rendre à la culture sa place au Fédéral.

Petit résumé d’une matinée riche en informations. Et en symboles. Ce n’est pas tous les jours que le «saltimbanque», saute (saltare, en italien) le banc (banco) pour siéger dans l’enceinte de la démocratie.

Ubérisé

Précarisé, voire ubérisé, comme l’a précisé Frédéric Young, depuis des années, le monde culturel est aux abois. La crise actuelle a mis en lumière la grande fragilité de ce secteur, dont chacun s’accorde à dire qu’il est essentiel. Il ne l’a même jamais autant été, depuis que nous avons été confinés. Mais elle a aussi accru ses besoins de manière parfois dramatique, puisque les artistes sans statut, ne perçoivent plus le moindre kopec, depuis le 13 mars. Et si certains ont pu bénéficier des mesures d’urgence (chômage temporaire, droit passerelle), d’autres, parce qu’ils ne rentrent pas dans l’une ou l’autre case, n’ont aucun droit.

A donc été soulignée l’urgence de créer un fond pour qu’ils puissent survivre. Tout comme l’importance de prolonger au delà du 31 août l’octroi au chômage temporaire. Et d’envisager une année blanche (assouplissement des conditions pour obtenir les allocations ) complète, jusqu’au 31 mars, voire, comme en France, jusqu’à l’été 2021, en raison du temps que mettra le secteur à redémarrer. Car il ne suffira pas de rallumer les projecteurs pour que le spectacle reprenne.

De manière plus structurelle, d’autres questions essentielles ont été débattues, telles que la permission de cumuler droits d’auteurs (ou voisins) et le chômage, pour sortir de la discrimination actuelle. Important aussi, et surtout, d’enfin revoir le statut des artistes, actuellement assimilés à des chômeurs, voire à des privilégiés, une vision humiliante, comme a déclaré Isabelle Jans. Un statut donc inadapté et qui plus est, trop inaccessible, laissant sur le bord de la scène de trop nombreux invisibles, les jeunes, les marginaux, les artistes handicapés, tous ceux dont Priscilla Adade a pris l'ardente défense.