Politique culturelle

Samedi soir, l’année « Mons 2015 capitale européenne de la Culture » s’est achevée par six bals dans la ville et 20.000 personnes. Yves Vasseur, le commissaire général, en a gardé la voix un peu cassée mais le sourire : « A l’image de Mons 2015, ce fut une fête simple avec un grain de folie ».

Place au bilan par Yves Vasseur.

« Tous les chiffres (ci-joints) sont au-delà de nos attentes et 80 % des visiteurs interrogés étaient satisfaits. L’essentiel ce sont nos acquis : nous avons inventé une communication commune pour toutes les institutions montoises avec une seule image et un message clair. Chacun en a profité pour tripler sa fréquentation. On a implanté VisitMons, billetterie unique qui permet au visiteur d’organiser sa visite. On a créé des lieux d’atmosphère qui ont plu (jardins suspendu, guinguette littéraire, etc.), on a travaillé avec les citoyens (le succès du Grand Huit) et avec les communes voisines (le Grand Ouest. Ces 12 communes vont se réunir en janvier pour pérenniser cette collaboration); on a imposé une ligne de force numérique (Café Europa). »

Oser la différence

Il y a la métamorphose de la ville ? « Elle va de soi avec les musées et lieux nouveaux créés qui ont encore des marges de progression importantes possibles. »

Pourtant, tout ne fut pas simple : bataille pour avoir le label, retard pour la gare de Calatrava, effondrement du Passenger d’Arne Quinze, Maubeuge qui renonce à suivre comme prévu…

« La gare n’a rien à voir avec nous et son ouverture en 2018 permettra de relancer l’intérêt pour Mons. Il est vrai qu’il a fallu de la force et de la persévérance. Je viens de relire une note initiale du projet où 80 % de ce qu’on a fait s’y trouvait déjà. Nous sommes passés au travers des difficultés avec une force tranquille. »

Yves Vasseur qui part en mars, veut que Mons continue à « oser la différence » et serve de « champ expérimental » : « On ne peut revenir en arrière à un programme classique sur papier glacé. Le public a fort évolué et attend de nous autre chose que tout ce qu’il peut avoir dans son fauteuil avec les médias nouveaux. On a démontré qu’il pouvait se passionner pour le marathon théâtral de Wajdi Mouawad autant que pour écouter un poète dans un jardin. Il y eut 5.000 personnes pour écouter une chorale. Quand Jean-Paul Dessy a repris des chants grégoriens des chanoinesses de Saint Waudru, on craignait l’échec, il y eut 900 personnes ! Il faut faire confiance à un public plus aventureux qu’on le dit et qui a montré qu’il veut découvrir. »

On va droit dans le mur

Le FN a cartonné dans la Région Nord-Pas-De-Calais, pourtant pilote en investissements culturels. Un échec de la culture ? « En même temps, on a montré à Maubeuge où la culture fut omniprésente que le FN y est quasi éradiqué. Il ne faut surtout pas abandonner le combat parce qu’on perdrait une bataille. »

L’avenir ? « La Fondation Mons 2015 devrait continuer, devenant la garante des acquis de Mons 2015. Elle n’aura pas de budget artistique mais contrôlerait l’unité de communications et les thèmes des Biennales qui démarreront en 2018, mêlant différents arts et prolongeant l’esprit Mons 2015. » Des expos spectaculaires se préparent comme Bill Viola au Bam ce printemps.

Mons 2015 avait reçu 70 millions, maintenant c’est fini et les autres villes voudront retrouver des moyens ? « Les douches froides ont le mérite de remettre les fêtards au travail. Arrêtons de dire qu’on a eu 70 millions. Osons proposer et se battre ensuite pour faire aboutir des projets nouveaux qui peuvent intéresser la ministre de la Culture. Personne n’ose le dire, mais les budgets culturels vont droit dans le mur en Fédération Wallonie-Bruxelles. La situation est délétère. Certains touchent déjà le fond. Dans 5 ans, des musées auront des gardiens jouant aux cartes dans des salles vides. Est-ce alors sage de garder 300 centres culturels en Wallonie et six proches en Mons-Borinage ? Il faut oser parler sans tabous et proposer des solutions innovantes. Dans ce cadre, Mons a prouvé qu’elle a des pistes, des expériences, des audaces utiles à tous. »


Les chiffres

Mons 2015, ce fut :

2.136.000 visiteurs au 30-11

180.000 visiteurs pour l’expo Van Gogh

100.000 personnes à la fête d’ouverture

462000 visiteurs pour les sites du pôle muséal

5.000 bénévoles

Un budget de 70 millions

Des lieux nouveaux : Arsonic, Musée du Doudou, MMM, Artothèque, Beffroi, Silex’s, Micx (centre de Congrès de Libeskind), Alhambra, Maison du Design

Des rénovations : Maison Losseau, Mundaneum, Bam

3000 rendez-vous artistique et 5000 artistes engagés.

Six fois plus de touristes

2330 journalistes accrédités et 12000 articles de presse et sujets TV radio