Nous avons déjà souvent évoqué l’important projet de la Politique scientifique et de son président Philippe Mettens de regrouper en quatre Pôles les dix établissements scientifiques fédéraux (ESF) avec synergies et directions uniques, afin de générer des économies d’échelle.

Il y aurait ainsi le "Pôle art" regroupant le Musée des Beaux-Arts, le Cinquantenaire et l’Irpa (le patrimoine artistique), le "Pôle espace" (Observatoire royal, IRM et Institut d’aéronomie spatiale), le "Pôle documentation" (Bibliothèque royale et Archives générales du Royaume) et le "Pôle nature" (Musée de Tervuren et Museum des Sciences naturelles).

Devant les blocages politiques, il avait été décidé en juillet dernier de demander l’avis des dix conseils scientifiques de ces ESF (des universitaires). Rien n’a filtré officiellement de ces avis. Pire : la matière semble si sensible que tout le monde se refuse à en parler sauf Michel Draguet, le directeur des Musées des Beaux-Arts et du Cinquantenaire qui, dans nos colonnes, se réjouissait que "ses" deux conseils scientifiques approuvent le plan. Et se demandait si on ne pouvait pas "phaser" la réforme et créer d’abord le Pôle art.

Le reste demeure sous le strict conditionnel et n’est qu’une affaire de bruits de couloirs, cependant recoupés. Il semble que le ministre de tutelle, le secrétaire d’Etat Philippe Courard, ne souhaite pas porter cette réforme avant les élections sur la table du gouvernement s’il n’y a pas d’abord un consensus de tous les établissements scientifiques concernés. Or on en serait loin.(voir ci-dessous la déclaration de Philippe Courard ce dimanche)

Le conseil de l’Irpa aurait manifesté ses réticences et ses craintes de ne pouvoir conserver sa spécificité et son expertise. Le conseil scientifique des Archives générales du Royaume aurait envoyé directement à M. Courard un rapport très négatif. On sait qu’aux Pays-Bas, le projet de synergie entre la Bibliothèque nationale et les Archives générales a été abandonné. Il semble que du côté du "Pôle nature" aussi, les réticences restent vives, de peur de perdre dans une fusion la spécificité de chaque institution, son renom, son expertise. D’autant que les métiers des Archives et de la Bibliothèque royale, ou de Tervuren et du Museum des Sciences naturelles diffèrent largement.

Sur tout cela, pas de commentaires ni de réactions. Trop sensible. Mais il semble que tous s’affairent à chercher une solution médiane. Pour la Bibliothèque et les Archives comme pour Tervuren et le Museum, on pense rechercher, à partir des institutions elles-mêmes, des accords structurels permettant de générer des économies d’échelle, mais sans pour autant fusionner les deux, et sans abandonner l’indépendance de chaque institution et la nécessité de conserver chaque fois deux directeurs généraux.

L’enjeu est d’autant plus délicat que certains en Flandre pensent toujours réorganiser ces établissements en les faisant cogérer par les Communautés et quitter le giron fédéral. Ce que ceux-ci refusent. Il serait dangereux de réorganiser ces ESF à la veille d’une possible grande négociation communautaire à nouveau. Et la proximité maintenant des élections en mai 2014 n’arrange rien.

Réaction de Philippe Courard ce dimanche

Ce dimanche, le ministre de tutelle, Philippe Courard, reste discret mais il a nous a confirmé que : « Nous ne disposons à ce stade que d’un nombre limité d’avis, certains positifs, d’autres négatifs. Beaucoup d’entre eux demandent aussi des informations complémentaires. Nous ne commenterons pas chaque avis mais préférons avant cela attendre de recevoir l’ensemble des décisions. » ll ajoute qu’il veut reprendre le dossier en prenant rendez-vous individuellement avec chaque directeur des dix établissements, d’ici fin décembre. « Nous rencontrons actuellement un à un les responsables des établissements dans le cadre de réunions bilatérales. », dit-il. Il ne devrait prendre aucune décision tant qu’il y a ces fortes divergences.