Un Feydeau pour les fêtes

Proposition on ne peut plus festive de la Comédie Claude Volter, Chat en poche déride à coup sûr. C'est à la Comédie Claude Voltaire jusqu'au 31 décembre. Et on rit sans arrière-pensée aux déboires du maître de maison, tant il est vrai que les tourments des autres restent encore le meilleur ressort du comique

PHILIP TIRARD

CRITIQUE

L'oeuvre de jeunesse de Georges Feydeau, Chat en poche fut un four retentissant lors de sa création en 1888.

S'il n'y atteint pas encore à la maîtrise de Feu la mère de Madame ou de La Dame de chez Maxim's, l'auteur y affirme pourtant les qualités qui marqueront son théâtre: sens du rythme et de la réplique, comique de situation, imbroglios et quiproquos à gogo, Feydeau est bien le digne successeur de Labiche.

La distribution réunie par Claude Volter autour de Pascal Racan et de Bruno Georis rend justice au génie comique de Feydeau, mais n'atteint que par intermittence au feu d'artifice attendu. Ce n'est pas faute pourtant d'y mettre de l'énergie, de la conviction et une diction au-dessus de tout soupçon. Affaire de rythme, peut-être, ou de ce particulier esprit français que mettent nos voisins dans ce qui reste, après tout, une de leurs spécialités nationales.

Quoi qu'il en soit, on ne s'ennuie pas en compagnie du Pacarel de Pascal Racan, industriel qui voudrait léguer à la postérité l'opéra composé par sa fille. Bruno Georis lui renvoie la balle avec justesse dans le rôle de Dufausset, fils du directeur de l'opéra de Bordeaux que Pacarel prend pour le ténor qui va permettre de réaliser ses ambitions lyriques.

Danielle Fire et Yves Claessens composent le couple Landernau, type des bourgeois à l'esprit aussi épais que la taille de madame. Romain Barbieux est un désopilant Lanoix de Vaux, prétendant peu empressé de la fille Pacarel (Juliette Meignan).

Monique Ramon en Madame Pacarel exerce avec ce qu'il faut de fausse ingénuité la séduction de la femme mûre sur le jeune Dufausset. Philippe Vincent clôt la distribution dans le rôle du valet Tiburce qui envoie avec élégance la récolte de son balai sous le tapis du salon.

Et on rit sans arrière-pensée aux déboires du maître de maison, tant il est vrai que les tourments des autres restent encore le meilleur ressort du comique.

Bruxelles, Comédie Claude Volter, jusqu'au 31 décembre. Tél. 02.762.09.63.

© La Libre Belgique 2000