Manque, poème à quatre voix

Après la mise en scène de Franz Marijnen au Théâtre royal flamand et celle de Nathalie Mauger au Rideau tout récemment, la vision de Benoin devrait passionner ceux que touche le violent désespoir de la jeune auteur anglaise disparue à l'âge de 28 ans en février 1999

Ph.T.

Bruxelles, Théâtre de la Vie,

du 9 au 14 janvier. Tél. 02.219.60.06.

Il faut venir à cette pièce comme on entre dans un poème. Un poème à quatre voix qui vous est donné dans le plus simple appareil. Quatre comédiens face à vous pour la musique des mots, leurs rythmes et leurs entrelacs. Alors, très vite il est question d'amour. Là aussi, dans ce qu'il a de plus simple, mais de plus dur aussi: l'expression du besoin fondamental de l'autre. Ces quatre fils solitaires se nouent sous nos yeux pour nous emmener au coeur de chacun.

Ainsi s'exprime le metteur en scène Daniel Benoin à propos de Manque de Sarah Kane dont il a assuré la création en France, à la Comédie de Saint-Étienne, en janvier dernier. Herbert Rolland a eu la bonne idée d'inviter ce spectacle pour cinq représentations en son Théâtre de la Vie. Après la mise en scène de Franz Marijnen au Théâtre royal flamand et celle de Nathalie Mauger au Rideau tout récemment, la vision de Benoin devrait passionner ceux que touche le violent désespoir de la jeune auteur anglaise disparue à l'âge de 28 ans en février 1999.

Directeur de la Comédie de Saint-Étienne depuis 1975, Daniel Benoin est metteur en scène (60 réalisations en France et en Europe, au théâtre et à l'opéra), comédien et traducteur. Il a également réalisé plusieurs films pour la télévision et un long métrage pour le cinéma, Bal perdu.

À Saint-Étienne - cité minière et sidérurgique à 60 km de Lyon qui connaît un nouvel essor après le déclin de son industrie - , Daniel Benoin a pris voici un quart de siècle la succession de Jean Dasté, fondateur (en 1947) et directeur d'un des premiers centres dramatiques nationaux français. La Comédie de Saint-Étienne s'enorgueillit aujourd'hui de trois salles proposant 40 spectacles par an, dont 7 créations, à quelque 10.000 abonnés, dans une agglomération de 300.000 âmes.

Au mensuel Regards, Benoin précisait en mars 1998 sa vision de l'art théâtral: J'ai une profonde admiration pour Jean Dasté. Aujourd'hui, j'ai compris bien des choses que je n'avais pas comprises au début. Quand je suis arrivé, je pensais que le metteur en scène était le centre du théâtre. Je suis sûr aujourd'hui que seule la communauté des hommes occupe cette place.

© La Libre Belgique 2000