Fouille au corps, jusqu'à l'âme

C'est sur le site de l'institut Saint- Luc, marqué à la fois par des décennies d'occupation militaire et la toute récente invasion d'étudiants des beaux-arts, qu'a choisi de s'ancrer le premier Festival de Liège héritier de quarante ans de Festival du Jeune Théâtre puis de Rencontres d'Octobre.

SONIA JÉRÔME

Festival de Liège: 23 spectacles du 13 janvier au 14 février à Liège, Bruxelles, Namur, Tournai et La Louvière. Tél. 04.343.42.47.

C'est sur le site de l'institut Saint- Luc, marqué à la fois par des décennies d'occupation militaire et la toute récente invasion d'étudiants des beaux-arts, qu'a choisi de s'ancrer le premier Festival de Liège héritier de quarante ans de Festival du Jeune Théâtre puis de Rencontres d'Octobre. À sa tête, Jean-Louis Colinet, directeur du Théâtre de la Place voisin, qui a consacré près de deux années à l'élaboration de cette première édition, dont le noeud gordien sera l'homme. Et ce que des décennies de guerres, d'asservissement et d'aspirations ont pu en faire

TÉMOINS

Le Festival de Liège veut «interroger le présent»

: il a choisi pour ce faire trois grands témoins de la scène contemporaine. Le Suédois Lars Norén tout d'abord, invité d'honneur du festival. Dramaturge dans la lignée d'un Strindberg, successeur d'Ingmar Bergman à la direction du Dramaten, le Théâtre national de Suède, il s'engage sur la voie de la critique sociale en fondant le Riksteatern. La compagnie mène depuis la réflexion sur la place de l'humain dans une société qui écrase, qui compacte: «Under», écrit et mis en scène par Lars Norén et présenté en ouverture du festival ce samedi 13, évoque le combat cru des sans domicile fixe pour garder de soi une image propre, digne.

Deuxième figure-phare de cette édition, le metteur en scène Claus Peymann dont le nom est indissociable de celui de l'écrivain allemand Thomas Bernhard et du Berliner Ensemble, fondé notamment par Bertolt Brecht. L'alchimie, mêlant dénonciation et rigueur, de la rencontre de Peymann et Bernhard prend corps dans «Vor dem ruhestand» («Avant la retraite»), nazie nostalgie autour du gâteau d'anniversaire de Himmler, les 10 et 11 février.

Enfin, à chacun ses vieux démons, ceux de la Belgique ont un arrière-goût de colonialisme: après «Rwanda, 1994», Jacques Delcuvellerie monte le «Discours sur le colonialisme» d'Aimé Césaire, les 7 et 8 février, la voix de la colère

L'HOMME, TOU SIMPLEMENT

Autour de ces trois figures-clé, viennent graviter des spectacles «picorés» aux quatre coins du monde des Etats-Unis à la Chine en passant par l'Afrique du Sud ou la Pologne mais qui ne cachent et ne révèlent jamais que l'homme, tout simplement.

© La Libre Belgique 2000