Autant en emporte la `Pulsion´...

Avec la pièce de Franz Xaver Kroetz, le Théâtre de Poche persiste et signe! Solides mise en scène et distribution pour servir des sujets tabous. Où il est question des (im)possibilités entre amour et érotisme.

Sarah Colasse
Autant en emporte la `Pulsion´...
©Guy Focant

Ici en coproduction avec le Théâtre de Namur et l'XK Théâtre, le Poche - une fois de plus - ne déroge guère à son petit effet de provocation... De qualité cependant, avec ce qu'il sous-titre `Une comédie sexuelle pour couples sensibles´. Quoi qu'il en soit, un spectateur averti en vaut deux: `Pulsion´ peut déranger.

Mais venons-en à l'objet (de la pulsion) : André et Simone sont propriétaires d'une horticulture, à côté d'un cimetière. Si l'affaire marche, on ne peut en dire autant du lit... André aspire à retrouver sa virilité et accuse Simone; Simone voudrait ne plus être importunée, ou du moins avec aptitude, et incrimine André...

Surgit Max, le frère de l'épouse. Il sort de prison, muni de médicaments prescrits pour guérir ses pulsions sexuelles démesurées. Voilà qui plante le décor vaudevillesque! Parachevé par la présence de Mitzi, l'employée du couple, en sérieux manque d'amour, prête à tout dans sa quête. L'arrivée impromptue du `malade´ va déclencher le délire chez les trois hôtes... emportés à leur tour par leurs propres pulsions.

La pièce démarre dans le ton: un lit sur la scène, avec, en dedans, André tentant d'honorer sa femme. En vain. Fesses, sexe et bedaine à l'air, il sortira de la couette; et s'il se rhabille ensuite ce n'est que pour mieux se déshabiller de plus belle après.

Climat inquiétant

Patrick Lerch campe l'infâme bonhomme, finalement bien plus cinglé que son beau-frère, interprété par Olindo Bolzan. Ingrid Heiderscheidt propose l'ingénue Mitzi et Anne Yernaux `la Simone´. Les acteurs installeront un climat inquiétant dès le départ, renforcé par l'impressionnant décor (Didier Payen) qui occupe grand la scène: une chambre, l'exploitation horticole, une autre chambre, une kermesse, un appartement et un cimetière. Le tout habilement scindé d'une large et haute paroi vitrée, qu'on coulisse au gré des couples qui naissent, meurent et renaissent; des personnalités qui transparaissent, défiant la morale.

L'homme est ici `un loup pour l'homme´ (davantage pour la femme) et l'humain est dépeint dangereux dans sa recherche, mais fragile aussi. Et seul. Du coup, il se montre des plus pathétiques dans ses relations sociales (André), mais peut aussi - qui sait? - choisir d'évoluer (Max).

Pour cet homme social, la question pose la définition de l'amour. Quelle cohabitation avec la pulsion? Sexe et sentiments se déclinent ici dans une foison d'attitudes. S'y greffe également la notion de `normalité´. Quel sens? Qui est normal? Qui ne l'est pas?

Le climat inquiétant, émis plus haut, maintient le spectateur sur ses gardes. Du coup l'attention demeure... René Georges opte davantage pour le réalisme cru que pour la suggestion. Ce qui peut choquer, disait-on. Mais qui peut sembler drôle pareillement... Et, curieusement, sa mise en scène dynamique et juste - alternant drames et dérision, monstruosité et humanité -, le texte incisif et percutant de l'allemand Franz Xaver Kroetz ainsi que l'excellente interprétation - solide et aiguisée - du quatuor amènent à plonger dans un univers moins vulgaire qui n'y paraît. On ne peut que s'incliner devant la représentation

Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu'au 8 février à 20h30. Infos: 02.649.17.27.

© La Libre Belgique 2003