Coups de théâtre à la Citadelle

Saviez-vous que le «Pont de Jambes» était jadis le seul pont à Namur? Et connaissiez-vous la prestance avec laquelle on décapitait illico celui qui avait le malheur de voler un bout de tissu au Château des Comtes? Ces histoires hantent à ce jour le vert écrin de la Citadelle. Et elles vont bon train!

Sarah Colasse

Saviez-vous que le «Pont de Jambes» était jadis le seul pont à Namur? Et connaissiez-vous la prestance avec laquelle on décapitait illico celui qui avait le malheur de voler un bout de tissu au Château des Comtes? Ces histoires hantent à ce jour le vert écrin de la Citadelle. Et elles vont bon train!

Ce grâce à l'heureuse initiative de la ville de Namur dont la tradition revient désormais à faire revivre «l'éperon rocheux». Depuis deux étés. L'investissant d'une kyrielle d'événements pour le plus grand nombre. Animations, parades, reconstitutions, visites, concerts et autres fêtes médiévales, ça bouge là-haut! Souvenez-vous, le groupe Indochine avait lui aussi rejoint le site début juillet.

Côté théâtre, la Ville («Cellule citadelle») a eu la bonne idée de faire appel à la Compagnie des Bonimenteurs. Leurs histoires recèlent cette fois un fameux fond de vérité puisqu'elles racontent des faits repris dans des documents retrouvés il y a six mois.

Fouilles archéologiques

Il faut savoir que, depuis trois ans, des moyens ont permis à l'archéologue Jean-Louis Antoine d'entreprendre fouilles et recherches sur le riche passé de l'endroit. Qui, avant d'être citadelle, fut château; lieu de résidence de nobles familles comtales. Pendant plus de cinq siècles, celles-là ont gouverné la ville et la région.

C'est ainsi que l'historien Emmanuel Bodart a mis la main sur des textes découverts dans l'une des tours. Une aubaine pour la Ville! Après un long sommeil de 582 ans, les voici à présent adaptés et mis en scène par Vincent Zabus.

Le Namur moyenâgeux

Au pied de la Citadelle, embarquement immédiat pour le Moyen Âge. Suivez le guide! Trois bonimenteurs en alternance. Pour l'heure, il s'agit du joyeux Samuel Laurent. Lui succédant au gré des places, l'on traverse les siècles...

Pas étonnant que ces histoires soient restées enfouies: ce n'est pas de la gloire des comtes qu'elles se gorgent mais bien de leurs bassesses et de la face cachée du système.

Rapportées par le peuple lui-même grâce à un clerc tombé sous le charme. Manuscrit que le comte Jean III s'était empressé d'interdire. Forcément.

Ici, à chaque escale son personnage, à chaque personnage son histoire... Exécutions, tortures, dîme, croisades, saltimbanques, soldats, paysans... La parole est ici au peuple. Et à l'artiste. Garant de la mémoire.

Namur la belle s'étend là en bas. Et l'imagination galope. L'on se laisse porter sans mal par ces «histoires sauvées». Aussitôt tombées dans six siècles d'oubli. Préservant la trame historique, les faits rapportés, le contexte, Vincent Zabus brode autour - âme de bonimenteur oblige! - et extrait des éléments, des personnages pour raviver ce petit monde. Rendant par là l'accès prompt, drôle et savoureux; gage d'éveil, de divertissement et de découverte.

Sans grands moyens, cependant nourri d'énergie, de conviction et d'appels à l'imagination, ce «spectacle promenade» ne s'en trouve que plus riche de mystères... Les ficelles du théâtre populaire en font un moment finalement marquant apte à séduire le spectateur de 7 à 77 ans.

Au détour d'un sentier, croisons tour à tour Mélanie Delva, Marie Kremer, Frédéric Nyssen, Michaël Clukers et Julien Collard, campant d'attachants personnages, capteurs efficaces d'attention. Nadine Molitor signe - avec délicatesse - la touche musicale.

L'équipe a réussi avec adresse - talent et simplicité - à se servir de la magie des lieux. Matière à amener chacun à plonger dans l'Histoire. Et - qui sait? - d'en emporter un bout...

Namur, les 15, 16 et 17 août dès 15h. Départ place Pied du Château (près du Grognon), toutes les demi-heures (sauf 16h30). Dernier départ à 18h. Rés.: 081.24.65.13.

Une intéressante brochure raconte les découvertes livrées par les chantiers entrepris jusqu'à ce jour. Rens: 081.24.65.06.

© La Libre Belgique 2003