«Dégage, petit!» et file au théâtre

Solidaires, pour la plupart, des intermittents français du spectacle, les artistes belges, on le sait, n'ont pas embrayé le mouvement. Toutefois, s'il est un secteur où l'on entend souvent sourdre la révolte, c'est bien celui du théâtre pour enfants et adolescents.

Laurence Bertels

Solidaires, pour la plupart, des intermittents français du spectacle, les artistes belges, on le sait, n'ont pas embrayé le mouvement. Toutefois, s'il est un secteur où l'on entend souvent sourdre la révolte, c'est bien celui du théâtre pour enfants et adolescents. Surtout à l'occasion des Rencontres de théâtre jeune public, grand rendez-vous du genre, par ailleurs excellent, dont la 19ème édition, à Huy, s'ouvrira lundi, avec, assurément, de belles surprises artistiques à la clé. Et, qui sait?, quelques rebondissements politiques, les acteurs et compagnies étant souvent nombreux à se plaindre de leurs conditions, du système de sélection ainsi que de l'organisation elle-même des Rencontres.

En deux mots, rappelons qu'un des grands objectifs du théâtre jeune public, joué par des comédiens professionnels de talent, est de rendre le théâtre accessible à la majorité des enfants, dans la lignée des volontés d'André Malraux ou de Jean Vilar, dont il fut souvent question à Avignon, aussi.

Or, pour octroyer les subsides nécessaires à la formule, la Communauté française visionne d'abord les spectacles, afin, notamment, d'éviter tout incident, d'ordre racial par exemple.À part les compagnies conventionnées, tous les artistes doivent donc passer un examen annuel et tous doivent, quel que soit leur statut, être présents à Huy, un festival qui n'en est pas vraiment un puisqu'il est surtout suivi par des programmateurs Belges ou étrangers. Ils auront une petite quarantaine de spectacles à se mettre sous la dent en une semaine - jolie moyenne de cinq pièces par jour pour les stakhanovistes - proposés par 37 compagnies.

De belles découvertes

L'occasion sera donc belle d'y découvrir les dernières moissons et de sauver Gary comme le suggèrent les décapants «Ateliers de la Colline» qui ont rarement leur langue en poche et qui mettront ici en scène un enfant livré à lui-même le temps d'une soirée. Il paraît que ses parents travaillent ou s'épanouissent, un cas banal en quelque sorte. Certes, le Gary en question aurait quelques problèmes de poids et une tendance très marquée à perdre ses cadeaux, de marque précisément. À part cela, rien d'inquiétant, vraiment. Vraiment?

Même thématique abordée par Nicolas Ancion, auteur belge de plus en plus connu, nouveau venu en jeune public, qui (se) demande, tout simplement, «A quoi pense-t-on quand on est seul ?». Et dans la foulée, «Pourquoi le bonheur à tout prix ?». D'autres questions suivront, paraît-il, puisqu'une bonne question durerait bien plus longtemps qu'une bonne réponse. Question subsidiaire: qu'en pensent les ados de 12 à 15 ans auxquels s'adresse le spectacle de la compagnie «Ça va ça va».

Questions philosophiques mais aussi théâtre-action, tendresse, dansé, vivier...

La programmation de 2003 s'avère nourrissante. Outre l'arrivée de sang neuf toujours bienvenu, la présence de la majorité des compagnies qui ont fait leurs preuves est de bon augure.

Parmi elles, la Casquette avec un titre en forme de point d'interrogation. Cinq enfants devenus grands se retrouvent et racontent, au cours d'une journée chahutée par le temps, l'histoire de leur vie, ballottée entre petites et grandes envies, échecs cuisants ou dérisoires. La Compagnie des Mutants, qui a déjà, elle aussi, offert de grands moments au théâtre jeune public a choisi les contes d'Eugène Ionesco tandis que l'incisive Agnès Limbos lâche un «Dégage, petit !» d'honorable réputation. L'on pourrait également se souvenir avec joie de l'«Éléfantino» des Zygomars ou de «La petite ombre» du Théâtre du Papyrus, aussi délicat que son nom le laisse deviner.

De plus en plus présente, la danse contemporaine pour enfants sera à nouveau de la partie grâce aux caressants «Poils et plumes» de Félicette Chazerand. Entre autres rumeurs.

© La Libre Belgique 2003