A Huy, l'amour arrive avant le train

Belle entrée matière, lundi, aux Rencontres de théâtre jeune public qui se déroulent à Huy jusqu'au 25 août et qui permettent aux professionnels du secteur -programmateurs, artistes, enseignants- de découvrir les toutes nouvelles créations de théâtre pour enfants et adolescents

A Huy, l'amour arrive avant le train
©JASMIN HOROZIC
Laurence Bertels

À HUY

Belle entrée matière, lundi, aux Rencontres de théâtre jeune public qui se déroulent à Huy jusqu'au 25 août et qui permettent aux professionnels du secteur -programmateurs, artistes, enseignants- de découvrir les toutes nouvelles créations de théâtre pour enfants et adolescents.

C'est à l'Atelier et Théâtre du Copeau qu'a incombé la lourde tâche d'ouvrir la danse et de dérider des spectateurs appelés à voir 38 spectacles en huit jours. Embarquement immédiat sur un quai de gare insolite pour un voyage qui s'annonce créatif, ludique ou introspectif, ce sera selon.

Les pages d'un journal intime s'ouvrent à nous pour conter l'histoire de ces deux contraires amenés à se rencontrer de part et d'autre des quais. Elle arrive avec sa maison pour tout bagage, une charette, quelques tissus et couvertures , deux tasses en fer blanc et de jolis colliers autour du cou. Libre comme les saisons, elle s'installe sur le quai, sans vergogne et sans réellement attendre le train fantôme. Seules l'envie et les saisons rythment son emploi du temps. A l'inverse, de l'autre côté du quai, réglé comme une horloge, il répète les mêmes gestes quotidiens et n'attend pas le marchand de sable pour se coucher.Maniaque, systématique, anguleux , Lucas, chef d'une gare, aujourd'hui désaffectée, parce que son père et son grand-père l'étaient aussi, pourrait ne rien avoir pour plaire. Leurs deux logiques s'affrontent pour finalement se rencontrer dans cette belle tranche de vie voulue par Valérie Joyeux, qui signe ici, avec succès, sa première mise en scène. Habitée par la grâce, Diop Aïssatou incarne une réfugiée crédible qui rit de tout sauf de l'orage au bruit de bombes qui pleuvent dans son pays. De son côté, Laurent Van Wetter offre une prestation intéressante dont le comique se dévoile au cours de l'histoire. Son personnage, à l'abord peu sympathique, traduit peu à peu une personnalité fragile et attachante donnant de la sorte la répartie idéale à sa fraîche compagne. On entre donc à pas feutrés dans «Personne s'appelle Thérèse» pour en ressortir tout caressé.

Les trois temps du crabe

Pour les plus petits, La compagnie Ratoon propose «Les trois temps du crabe» sur fond de coquillages et crustacés quand l'accordéon souffle le reflux des marées. Sans texte et tout en musiques ou onomatopées explicites, voici l'histoire de la Costa Brava ou, bien plus près de chez nous, de la mer du nord. La plage semble déserte. Subsiste la baraque déglingée d'un vieux monsieur qui y coule des jours heureux jusqu'à l'arrivée du promoteur. Signe de bon ou de mauvais augure, un corbeau aux ailes argentées attaque les crabes, accompagne le vieil homme et l'enfant pour finalement se heurter aux tours de béton qui ont poussé comme des champignons. L'atmosphère est réelle dans ce récit mis en scène par Anne Van K, qui laisse la part belle à d'autres modes de communication que la parole, modes qui s'avèrent efficaces d'autant que l'agile manipulation des marionnettes donne vie à l'ensemble.

Dans un genre plus formaté, la Compagnie des Mutants et Infini Théâtre revisitent pour leur part «Les contes d'Eugène Ionesco» pour nous rappeler qu'on peut jouer avec les mots, quitter les nuages de la maison pour retrouver le soleil des arbres dans une famille stéréotypée où les parents sont fatigués de vivre ou de se voir. Bien rôdé, le spectacle alterne entre textes et chansons qui ne font pas partie du texte original, ne sont pas forcément essentielles mais rendent l'ensemble séduisant au risque d'être moins percutant. On devine l'ironie légendaire de Ionesco et l'on retrouve dans ces contes l'amour des couleurs chères à l'auteur, peintre à ses heures, grâce à une scénographie claire et contemporaine.

© La Libre Belgique 2003