Le National: réactions

Dans «La Libre» de mercredi, le nouveau ministre des Arts de la scène, Daniel Ducarme, donnait les lignes de son action future pour le Théâtre National. Des propos ébouriffants qui visent à refonder le National à l'occasion de son implantation en septembre prochain au bd Jacqmain.

Guy Duplat

Dans «La Libre» de mercredi, le nouveau ministre des Arts de la scène, Daniel Ducarme, donnait les lignes de son action future pour le Théâtre National. Des propos ébouriffants qui visent à refonder le National à l'occasion de son implantation en septembre prochain au bd Jacqmain.

Hier, les dirigeants du National se concertaient. Par contre, l'interview était commentée dans les milieux théâtraux. Nous avons demandé à Jean-Louis Colinet, directeur du théâtre de la Place à Liège, et membre du groupe d'experts chargé par Miller de préparer l'avenir du National, de réagir. S'il est régulièrement cité comme un candidat possible à la direction du National, il n'a jamais fait acte de candidature.

Pour lui, les propos du ministre réflètent largement le consensus qui prévaut sur les missions futures du National: ouvrir aux jeunes («même si les matinées scolaires ne sont pas la meilleure manière d'attirer les jeunes»), ouvrir à de nouveaux publics («tous les théâtres essayent cela»), rester un laboratoire, un découvreur de talents, s'exporter à l'étranger, dynamiser la création dans l'espace francophone belge (au lieu d'une décentralisation «dépassée depuis les centres dramatiques régionaux»).

Mais Jean-Louis Colinet met plusieurs bémols. L'idée d'une troupe permanente lui semble «obsolète car beaucoup trop chère. Si on n'a pas 40 comédiens, il faudra exclure des comédiens actuels et le public se lassera de voir toujours les mêmes acteurs. Le dernier théâtre à l'avoir fait, le nouveau Gymnase à Liège, a stoppé en 82».

L'idée d'un partage des responsabilités du directeur sur plusieurs têtes lui semble mauvaise. «Aucun théâtre ne marche s'il est dirigé par un consortium. Rappelez-vous l'exemple Delcampe -Sireuil. Il faut un pouvoir public, un conseil d'administration et un directeur doté d'une grande liberté artistique».

Enfin, les idées de Ducarme ont un prix: «Je me réjouis d'entendre qu'on fixera les contrat-programmes, mais il faut élever les moyens au niveau des objectifs fixés et si j'applaudis à l'idée de faire des choix, il ne faudrait pas prendre dans nos théâtres l'argent dont le National aurait besoin».

© La Libre Belgique 2003