Le Groupov jouera sur les collines du génocide

C'est un grand moment de théâtre mais surtout d'humanité que vivra toute la troupe du Groupov en jouant son spectacle «Rwanda 94» sur les lieux même du génocide, devant les survivants, à l'occasion du dixième anniversaire des massacres. «Rwanda 94», est un spectacle hors normes qui entreprend non seulement de parler du génocide, mais aussi d'en faire une interprétation politique et surtout humaine.

Guy Duplat

C'est un grand moment de théâtre mais surtout d'humanité que vivra toute la troupe du Groupov en jouant son spectacle «Rwanda 94» sur les lieux même du génocide, devant les survivants, à l'occasion du dixième anniversaire des massacres. «Rwanda 94», est un spectacle hors normes qui entreprend non seulement de parler du génocide, mais aussi d'en faire une interprétation politique et surtout humaine. La pièce a été jouée dans de très nombreux pays, avec un grand succès. Mais Jacques Delcuvellerie, son équipe, les survivants rwandais qui y jouent, avaient un rêve: jouer au Rwanda même, cette pièce sous-titrée «Une tentative de réparation symbolique envers les morts à l'usage des vivants».

Le spectacle se jouera les 6 et 7 avril à Butare et du 11 au 14 avril à Kigali. Il y aura ensuite le 18 avril, dans une version raccourcie, un grand moment d'émotion. Le Groupov jouera en plein air sur les collines de Bisesero, là même où tant de massacres ont eu lieu, devant des rescapés. Cette aventure a nécessité de longs mois de travaux haletants pour trouver les financements et les soutiens nécessaires. De très nombreux organismes ont aidé l'initiative, à commencer par le ministre Louis Michel et, d'autre part, le CGRI. Par contre, des obstacles imprévus sont survenus, comme le revirement d'André Flahaut, ministre de la Défense, refusant de prêter un avion et obligeant la troupe à acheter 45 billets AR pour Kigali. Ou comme l'ambassadeur de France à Kigali, refusant la seule salle adéquate de la ville, celle du centre culturel, à moins disait-il, que de substantiels aménagements soient faits à un spectacle jugé trop anti-français.

Cette tournée exceptionnelle sera accompagnée du tournage d'un film, de stages en art du spectacle, et de la diffusion du court spectacle «Discours sur le colonialisme» d'Aimé Césaire. Jacques Delcuvellerie est conscient de la difficulté pour des Blancs de venir jouer ainsi au Rwanda. Mais il souligne que pour les rescapés, il pourrait s'agir d'un réconfort de voir que le monde n'était pas monolithique et que certains tentent de partager, voire de réparer les indicibles souffrances endurées.

© La Libre Belgique 2004