Merveilleux Didier Bezace

Le Théâtre national accueille jusqu'à la fin mars, un passionnant spectacle monté par Didier Bezace, le talentueux directeur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Un texte fort, une mise en scène percutante et radicale et des acteurs parfaits: que demander de plus!«Chère Elena Serguéievna» est une pièce de l'auteur russe Ludmilla Razoumovskaïa. Créée en 1980, à l'aube de la perestroïka, la pièce fut d'abord interdite par les autorités soviétiques.

Guy Duplat

Le Théâtre national accueille jusqu'à la fin mars, un passionnant spectacle monté par Didier Bezace, le talentueux directeur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Un texte fort, une mise en scène percutante et radicale et des acteurs parfaits: que demander de plus!«Chère Elena Serguéievna» est une pièce de l'auteur russe Ludmilla Razoumovskaïa. Créée en 1980, à l'aube de la perestroïka, la pièce fut d'abord interdite par les autorités soviétiques car jugée trop subversive.

Une professeur de maths, magnifiquement jouée par Sylvie Debrun, reçoit un soir, à l'improviste, quatre de ses étudiants venus lui réclamer leurs copies d'examens qu'ils veulent modifier pour réussir leur année. La soirée sera terrifiante. L'enseignante, la «chère Elena», croit d'abord qu'ils viennent fêter son anniversaire. Mais elle découvre horrifiée que ses élèves sont aux antipodes des vertus qu'elle prône depuis toujours. Au lieu de développer l'honnêteté et le sens collectif, ils sont devenus des individualistes, obsédés par l'argent, la réussite individuelle, la lutte du chacun pour soi. Les quatre jeunes sont des «nouveaux Russes», gagnés par le capitalisme sauvage. Leur affrontement avec Elena est le choc de deux mondes: l'ancien qui s'écroule et d'où émerge le nouveau, effrayant. D'autant que ses élèves (dont un impressionnant Thierry Gibault en Volodia) lui expliquent qu'ils sont bien ses enfants, ceux du mensonge et de l'hypocrisie qui ont si longtemps présidé en URSS.

On songe évidemment à une version noire du film «Goodbye Lenin!» qui raconte ce même choc des générations avec la nostalgie du passé communiste.

Dans un tribunal

Didier Bezace - qu'on connaît comme acteur de cinéma (il a joué pour Marion Hänsel, Claude Miller, Bertrand Tavernier, etc.) et comme brillant metteur en scène - n'a pas voulu d'un traitement naturaliste. Il a choisi un parti radical qui fonctionne parfaitement. Les cinq protagonistes passent l'essentiel du spectacle assis à une table face au public, comme dans un tribunal. Loin d'être minimaliste, la mise en scène en devient plus forte. Le texte n'en est que plus percutant et plus universel.Pour une telle pièce, il fallait des acteurs remarquables. Didier Bezace les a trouvés en ses compagnons de route habituels. Ils sont tous parfaits pour ce spectacle qui éclaire notre monde: Didier Bezace l'avait créé pour réagir à la menace Le Pen...

© La Libre Belgique 2004


«Chère Elena Serguéiévna», production du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, mis en scène par Didier Bezace, au Théâtre national au Palace, 85 bd Anspach, 1000 Bruxelles, à 20h15 (mercredi à 19h30), jusqu'au 31 mars. Tél. 02.203.53.03.