Appel en catastrophe, côté cirque

Avec un nom comme Espace catastrophe, difficile de faire dans la mesure. Les besoins sont pourtant réels malgré le succès des actuelles Pistes de lancement.

L.B.

Boostée à mort, comme on le dit volontiers aujour- d'hui, Catherine Magis fait visiter «son» Espace catastrophe. «Un café? - Non, on se posera après. D'abord on visite.» Et chacun de s'interroger: «Mais se pose-t-elle parfois, cette sacrée petite bonne femme, véritable boule d'énergie gonflée d'optimisme?»«Là y avait rien, des murs, un toit carbonisé, pas de chauffage...» A force de vitalité, d'huile de bras, de solidarité et d'esprit créatif, l'Espace catastrophe a vu le jour tout comme ses célèbres salles, la Salle Û, la Salle Amaleïkum ou la Salle-à-Faire, autant de repères dans cet Espace créé sur le terrain, selon les besoins éprouvés par l'expérience, lieu d'accueil, de diffusion, de création, de formation, de lancement de nouveau cirque, l'Espace catastrophe niché dans les Anciennes Glacières de Saint-Gilles est surtout un esprit unique et indépendant.

Malgré tout l'enthousiasme de l'équipe portée par Catherine Magis et Benoît Litt, il est un temps où certaines acrobaties commencent à fatiguer. Jongler avec l'espace, tenter d'équilibrer le budget, sauter d'un poste à l'autre usent même les plus enclins à rebondir. D'autant que les Anciennes Glacières deviennent de plus en plus difficiles à gérer, certains endroits ne peuvent plus être squattés, la cour intérieure n'est utilisable qu'en été et une part du hangar a été transformée en parking, ce qui arrange bien plus le propriétaire que les locataires circassiens, surtout en cas de festival. Bref Catherine Magis et Benoît Litt ne cachent plus leur désir de déménager. Signe parmi d'autres, le festival «Pistes de lancement» se tient actuellement, et pour la première fois, à la Maison du peuple de Saint-Gilles vu son succès croissant1.

Créé voici neuf ans, l'Espace catastrophe est passé de 230 à 1100 mètres carrés, ses programmes de formation réunissent 600 personnes par saison, son équipe artistique, pédagogique et technique appelle quelques 55 intervenants belges et étrangers par an et depuis sa création, Catastrophe a accueilli plus de 900 compagnies belges et étrangères. On a beau rire... Les subventions reçues par Catastrophe, émanant de la Région Bruxelles-Capitale, de la Cocof, de l'Education permanente et des Arts de la scène, couvrent à peine les frais d'engagement du personnel ACS et l'Espace assume la moitié de ses frais en fonds propres. C'est qu'en dix ans, le cirque a bien changé en Belgique. Beaucoup riaient au nez de Catherine Magis lorsqu'elle a lancé son projet. Le temps lui a donné raison. Aujourd'hui les duettistes exceptionnellement catastrophistes attendent de la Communauté française une vraie politique culturelle en matière des arts du cirque, avec plus d'aide à la création, à la diffusion entre autres. Car le budget annuel d'environ 500000 euros alloués aux arts du cirque, arts de la rue et arts forains, reconnus par le décret de 1999, semble bien maigre au regard de l'appétit d'un secteur en pleine croissance.

1. Jusqu'au 28 mars. Rens.: 02.538.12.02 ou Webwww.catastrophe.be.

© La Libre Belgique 2004