Sous le signe de l'orient et du rêve

"Au moment où la culture connaît de graves problèmes budgétaires, tant au nord qu'au sud du pays, je tiens à assurer mes confrères de l'ORW et du VLOS, de mon entière solidarité." Ainsi Bernard Foccroulle ouvrit-il sa conférence de presse, tenue le 1er avril et sans poisson (peut-on penser).

Martine D. Mergeay

"Au moment où la culture connaît de graves problèmes budgétaires, tant au nord qu'au sud du pays, je tiens à assurer mes confrères de l'ORW et du VLOS, de mon entière solidarité." Ainsi Bernard Foccroulle ouvrit-il sa conférence de presse, tenue le 1er avril et sans poisson (peut-on penser). Ce bémol de solidarité étant posé, le reste de la rencontre sera marqué par la satisfaction justifiée de la saison écoulée, de l'excellent bilan financier et artistique et du succès des tournées à l'étranger - notamment à Lisbonne, New York, et tout récemment Bilbao.

Thème pour 2004-2005: l'Orient, abordé à travers non pas un exotisme superficiel, mais sa dimension spirituelle et son ouverture au rêve.

La terreur et la pitié

La création de «Hanjo», livret et musique du Japonais Toshio Hosokawa, s'inscrit en plein dans cette veine, inspiré du théâtre Nô moderne de l'écrivain Mishima, avec la réflexion de Marguerite Yourcenar en exergue: «... la terreur et la pitié sont les deux ressorts de la tragédie». Trois autres productions dans le même sillage: «Aida» de Verdi, dans la mise en scène de Bob Wilson (seule reprise de la saison), «Zauberflöte» de Mozart, direction musicale de René Jacobs, mise en scène de William Kentridge (sans marionnettes cette fois), et «Die Frau ohne Schatten» de Richard Strauss (plus vue à la Monnaie depuis Maurice Huisman), direction musicale de Ono, mise en scène de Matthieu Jocelyn. Toujours sous le signe du rêve, du féerique ou du fantastique, «A Midsummer Night's Dream» de Britten, direction musicale de Ivor Bolton, mise en scène de David McVicar, «Pikovaya Dama» de Tchaïkow- ski, en coproduction avec l'excellente maison de Cardiff, direction musicale de Daniele Callegari, mise en scène de Richard Jones, et «The Turn of the Screw» de Britten, dans la superbe production aixoise 2002 mise en scène par Luc Bondy, et ici dirigée par Patrick Davin.

Seconde création mondiale: «Julie» de Philippe Boesmans, opéra intimiste inspiré de «Fröken Julie» de Strindberg, direction musicale de Kazushi Ono en alternance avec Patrick Davin, mise en scène de Luc Bondy, également coauteur du livret avec Marie-Louise Bischofberger.

Enfin, le bel canto fera une modeste apparition sous la forme de «La Sonnambula» en version concert, dirigée par Maurizio Benini, avec Sumi Jo dans le rôle titre.

Danse

Anne Teresa De Keersmaker est seule à bord pour la danse en 2004-2005, avec une reprise attendue des «Mozart Concert Arias» (où chantera Olga Pasichnyk), la reprise du fulgurant «Bitches Brew/Tacoma Narrows», inspiré de Miles Davis, «Desh», spectacle en gestation où la chorégraphe viendra elle-même sur les planches «question d'expérimenter de nouveaux vocabulaires», et «A Love Supreme / Raga for de Rainy Season», ces deux dernières productions étant directement influencées par la musique et la danse de l'Inde.À quoi s'ajoute la série Nouveaux Horizons, faisant se succéder jazz, tango, musique classique indienne, big band de DJ, et deux productions scéniques, «Weisse Rose» et «The Busker's Opera»; et la série des concerts symphoniques, où Prokofiev fait l'objet d'un mini festival.

Comme on lit, une ouverture marquée à la création de même qu'aux formes alternatives de l'opéra. D'opéra baroque, point, ni français d'aucune époque. Par contre, Foccroulle semble de plus en plus orienté vers un projet d'envergure, dépassant largement le cadre de la Monnaie: la construction d'une nouvelle salle, de grande contenance et super équipée, et l'articulation accrue entre le prodigieux potentiel multiculturel de Bruxelles et son image de capitale de l'Europe.

Bruxelles, Théâtre royal de la Monnaie. Tél. 070.233.939, Webwww.lamonnaie.be

© La Libre Belgique 2004