Qu'est-ce qui peut sauver l'amour?

C'est forcément l'un des événements théâtre du moment: Eric-Emmanuel Schmitt au Théâtre le Public, pensez bien que ce seul nom rameutera les foules dans la salle sise à Saint- Josse. Le pré-programme de la saison prochaine l'annonce d'ailleurs d'ores et déjà en reprise, c'est pour dire! Il s'agit de surcroît de sa dernière pièce qui, après Paris en début de saison, voit le jour sur la scène belge.

Sarah Colasse

C'est forcément l'un des événements théâtre du moment: Eric-Emmanuel Schmitt au Théâtre le Public, pensez bien que ce seul nom rameutera les foules dans la salle sise à Saint- Josse. Le pré-programme de la saison prochaine l'annonce d'ailleurs d'ores et déjà en reprise, c'est pour dire! Il s'agit de surcroît de sa dernière pièce qui, après Paris en début de saison, voit le jour sur la scène belge. L'auteur et dramaturge français - pour rappel le plus lu et le plus joué au monde; il vient, en outre, de sortir son dernier roman «L'Enfant de Noé» - tient encore ici ses promesses.

Ses «Petits crimes conjugaux» ont bien du ressort et son écriture alerte, aux accents savoureux, a le don de garder le spectateur, ou le lecteur, en haleine. Le thème a bien sûr de quoi appâter: le couple et sa valse des sentiments ne laissent en général pas indifférent. Sentiments à leur paroxysme ici, puisque le drame guette de près - non sans humour par touches -, et les dénouements successifs nous mènent de bonds en rebonds au gré de la trame qui se tisse, aux effluves de roman policier. Précisément en phase avec le job de Gilles puisqu'il est auteur de polars dans la vie. Mais ne s'en souvient plus: il s'éveille un jour sur une civière sans plus aucune trace en mémoire de qui il est et de ce qu'il a été.

Après un séjour à l'hôpital, son épouse Lisa le ramène au bercail et tente de lui dresser le portrait de leurs quinze ans de vie commune. Dira-t-elle vrai? Où se nichent les vérités, où se planquent les mensonges? Nous ne déflorerons bien sûr rien du tout en ces lignes, au bénéfice du plaisir de spectateur - à garder intact.

Amnésie constructive

Car, bien que l'intrigue en elle-même s'avère parfois un peu légère, on se laisse vite embarquer dans l'intimité de ce couple campé par Isabelle Roelandt et Michel Kacenelenbogen. Ce dernier trouve tout à fait sa place dans la peau de ce personnage un peu piteux, portant sur son visage les jalons d'un cheminement intérieur, être a priori costaud que traversent pourtant des airs d'enfance. Face à lui, Isabelle Roelandt confère son élégance, ici particulièrement étudiée, à la fragile Lisa, qu'elle fait évoluer sur le fil, charmante à acariâtre.

Ce duo est dirigé en finesse par Patricia Houyoux qui peut compter sur la scénographie réaliste, et non moins imposante, de Dominique Jonckeere: un appartement sur trois niveaux, semblable au couple dans ses fouillis et ses recoins. Recoins aux confins desquels on (re) découvre toujours «l'autre»; si l'on s'en donne la chance, si l'on s'ouvre un tant soit peu.

Bas les masques!

Sans concessions sur la réalité, armé d'une habile simplicité, le regard de l'auteur se porte riche de sens et de questionnements; fort de son ouverture, justement, face à l'incontournable complexité des êtres et de leurs liens. Bas les masques! Le véritable amour se trouve, qui sait? là-dessous...

Parmi les phrases-perles de ce huis clos attachant, épinglons celle-ci: «Notre époque est devenue tellement douillette qu'elle tente de médicaliser la conscience mais elle ne parviendra pas à nous guérir d'être des hommes.»

Bruxelles, Théâtre le Public, jusqu'au 26 juin. Tél. 0800.944.44.

© La Libre Belgique 2004