Adieux de l'hôtesse arabe

MDM

Après les déboires de la soirée de vendredi, la troisième séance des épreuves éliminatoires connut quelques heureuses surprises, et même, avec l'ultime candidate de l'après-midi, une révélation. L'ouverture de séance fut pourtant périlleuse, avec Terumi Shima, soprano japonaise de 30 ans, vocalisant comme un rossignol, mais dépourvue de style autant que de culture, Mozart pyrotechnique, «Wiegenlied» de Strauss chaloupé et inintelligible. Le Canadien Cosimo Oppedisano, baryton de 26 ans, ne manque pas de qualités - vocales, musicales, dramatiques - mais sa voix, bloquée dans les sinus, resta petite et nasillarde; aigus coincés et compréhension du texte (notamment dans Duparc) vilainement compromise. Avec la soprano belge Barbara Mergelsberg, 28 ans, le public eut droit à un numéro hors normes: un lied de Strauss («Ständchen») follement agité, et le célèbre air des «Mamelles de Tiresias» (Poulenc) burlesque, engagé et somme toute très réussi (en dépit d'une prononciation aussi molle en français qu'en allemand): un phénomène. Prestation émouvante, ensuite, de la Russe Vera Trifanova, soprano de 29 ans à la voix riche et puissante, colorée depuis le médium jusqu'au suraigu, dotée d'un sens dramatique certain, avec de ci de là d'inexplicables accrocs techniques. La première partie de la séance se conclut avec la Roumaine Andra Bivol, mezzo de 20 ans: un potentiel vocal certain, mais une musicalité rudimentaire et aucun sens du texte.

Deuxième partie marquée par le tout jeune ténor roumain Razvan Sararu, 20 ans, une voix, de l'allure, de l'aplomb (on attend encore qu'une authentique personnalité s'affirme). Et la basse polonaise Wojtech Gierlach, 28 ans, dont la voix riche et puissante mériterait d'être dotée de plus de nuances et de moins de pression. Entrée sensationnelle de la jeune soprano française Manon Strauss Evrard, 22 ans, papillon dans les cheveux et le reste à l'avenant, Air des Bijoux brillant mais acide, tout comme l'extrait de Sémiramide dépourvu, hélas, de toute noblesse. Générosité et raffinement chez la soprano belge Alice Barre, 26 ans, en dépit de moyens assez limités.

Et illumination, enfin, avec la mezzo roumaine Cornelia Oncioiu, 29 ans, une musicienne accomplie qui, avec les «Adieux de l'hôtesse arabe» de Bizet et Hugo et un lied de Brahms, offrit les premiers vrais moments de musique depuis l'ouverture des épreuves.

© La Libre Belgique 2004