Lhote fait forte impression

N.B.

On ouvre la soirée avec une Castafiore: la soprano hongroise Cécilia Devenyi, 27 ans, chante en effet le célèbre air des bijoux du Faust de Gounod, mais il n'est pas immédiatement perceptible qu'elle le chante en français. L'articulation n'est pas au rendez-vous, et un large vibrato est omniprésent. Sa collègue française Kareen Durand, 25 ans, chante, elle, en italien («Maria di Rohan» de Donizetti) et dans sa langue («Dardanus» de Rameau) : les phrasés ont plus d'aisance et de naturel, la voix est prometteuse et presque toujours juste, mais le tout manque encore un peu de contrôle et de maturité. Voix plus mûre et technique plus affinée chez Bernadetta Grabias, 25 ans: la mezzo polonaise séduit la salle avec un air d'«Oberto» de Verdi, qu'elle joue autant qu'elle ne le chante. Le défaut, confirmé dans une excellente «Adélaïde» de Beethoven, serait même un peu de surjouer. La soprano taïwanaise Chia Hui Lin, 27 ans, aborde Lucia di Lammermoor dans un style affecté, mais n'apporte pas le même soin aux coloratures et à l'intonation; sa «Pantomime» de Debussy sent la soubrette. Choix original pour le baryton allemand Johannes Schendel, 29 ans: un court Barber, suivi d'un extrait de l'oratorio de Noël de Bach bien en place, mais manquant de scansion baroque.

De nationalités suisse et allemande, Daniela Bosenius, 29 ans, incarne Sesto avec un mélange de naturel de fraîcheur et d'aplomb: timbre attachant, mais technique imparfaite, notamment dans les coloratures. Beaucoup d'aisance, de puissance et de maîtrise chez Yina He, 28 ans, Norina enjouée et parfois précieuse, mais la justesse n'est pas toujours au rendez-vous de cette soprano chinoise, qui sombrera dans le Requiem allemand de Brahms. Le baryton belge Lionel Lhote, 30 ans, fait forte impression dans «Pagliacci» : voix à l'aise dans tous les registres, belle palette de nuances, phrasés élégants. Sa «Villanelle» de Berlioz est chantée avec esprit, mais la voix donne parfois le sentiment de ne pas sortir tout à fait.

La mezzo chinoise Wendi Li, 26 ans, campe une Dalila venimeuse à souhaits: le timbre est noble, la diction superbe et le personnage très habité. Suit un très beau Brahms. Les moyens vocaux impressionnants, enfin, pour la soprano syrienne Talar Dekrmanjian, 29 ans, qui chante avec beaucoup d'engagement Mimi puis le Spectre de la Rose.

© La Libre Belgique 2004