Manipulations dangereuses

On pourrait songer à David Mamet, à cause d'une certaine froideur du réalisme, de la capacité à faire exister des personnages antipathiques et de l'obsession de la manipulation. Mais à la différence de son aîné, Neil LaBute, né en 1963 à Detroit (Etats-Unis) ne fait guère preuve de compassion ni même de générosité pour ses personnages qui sont soit médiocres soit pervers, soit encore les deux à la fois.

Philip Tirard

On pourrait songer à David Mamet, à cause d'une certaine froideur du réalisme, de la capacité à faire exister des personnages antipathiques et de l'obsession de la manipulation. Mais à la différence de son aîné, Neil LaBute, né en 1963 à Detroit (Etats-Unis) ne fait guère preuve de compassion ni même de générosité pour ses personnages qui sont soit médiocres soit pervers, soit encore les deux à la fois. Converti au mormonisme, Neil LaBute dénonce sans ménagements une société déshumanisante dans laquelle art, amour, pensée et marchandise se confondent jusqu'à la nausée.

C'est au Rideau de Bruxelles, qui reste une de nos meilleures vitrines sur le théâtre contemporain anglo-saxon, qu'Adrian Brine met en scène, pour la première fois chez nous, une oeuvre de cet auteur, acteur, scénariste, metteur en scène qui est aussi réalisateur et producteur de cinéma. L'an dernier, Neil La Bute a ainsi produit, adapté et réalisé le film tiré de sa pièce «La Forme des choses».

Comme dans la plupart de ses histoires, il y va ici de la guerre entre les sexes. Cela avait été notoirement le cas dans son film «In the Company of Men» (1997) qui lui a valu le Prix spécial du jury au Festival de Deauville. Dans «La Forme des choses», une jeune femme se sert d'un homme qu'elle a rencontré pour illustrer une thèse d'université sur la transformation d'un être humain comme processus artistique.

Dissection mentale

Le personnage d'Evelyn (Valérie Marchant) témoigne d'une détermination impavide digne de la Marquise de Merteuil, d'autant plus glaçante qu'elle est jeune encore. Et les relations dans le quatuor qu'elle orchestre pernicieusement font plus d'une fois penser aux «Liaisons dangereuses» - le raffinement du XVIIIe en moins, la bonne conscience et la vulgarité du XXe siècle en plus. LaBute parle d'un monde dans lequel le mensonge et la supercherie sont devenus des moyens légitimes d'accomplissement personnel et social.La pièce démarre presque comme un vaudeville et s'achève dans un climat de cruauté mentale particulièrement dérangeant. Yannick Renier est le jeune homme qui fait office de victime sacrificielle. Manipulé, photographié, examiné comme un insecte par Evelyn, sa psyché fait l'objet d'une véritable dissection, comme si Vésale et Freud avaient combiné leurs talents pour éclater son âme sur une planche anatomique en trois dimensions. La liberté de l'artiste a bon dos...

Las, dans la représentation à laquelle nous avons assisté, les comédiens (Micheline Goethals et Bruno Mullenaerts campant le deuxième couple du quatuor) paraissaient un peu en retrait de l'action, comme si celle-ci, précisément, leur faisait horreur. Du coup, le propos de l'auteur semblait à plus d'une reprise artificiel et démonstratif. Dommage.





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Au Rideau de Bruxelles (Palais des Beaux- Arts), jusqu'au 19 mai. Tél. 02.507.83.61. Webwww.rideaudebruxelles.be