Du bon usage de la vérité dans le couple

Et si, au lieu de tenter de brider nos passions, nous nous laissions guider par elles? C'est la question que pose Sacha Guitry dans «Le Nouveau Testament», petit précis de philosophie conjugale en forme de pièce de boulevard. Où l'on constate une fois encore l'intemporalité d'un grand nombre des 140 «machines à jouer» laissées par le prolixe auteur, acteur et cinéaste français né en 1885 à Saint-Pétersbourg et mort à Paris en 1957...

Philip Tirard

Et si, au lieu de tenter de brider nos passions, nous nous laissions guider par elles? C'est la question que pose Sacha Guitry dans «Le Nouveau Testament», petit précis de philosophie conjugale en forme de pièce de boulevard. Où l'on constate une fois encore l'intemporalité d'un grand nombre des 140 «machines à jouer» laissées par le prolixe auteur, acteur et cinéaste français né en 1885 à Saint-Pétersbourg et mort à Paris en 1957...

Élégance années 30

Le metteur en scène Pierre Fox et le décorateur et costumier Thierry Bosquet ont néanmoins choisi de maintenir l'action dans son époque. Un luxueux intérieur Art déco et de somptueuses toilettes bourgeoises années trente constituent donc un agrément visuel majeur de ce spectacle d'une facture toute classique. Encore faut-il des interprètes à même de les porter comme d'endosser les élégantes provocations verbales de Guitry.

C'est assurément le cas d'une distribution triée sur le volet. A commencer par les trois gracieuses figures féminines qui habitent ces quatre actes bien enlevés. Manuela Servais, Patricia Houyoux et Claire Tefnin ont, outre la grâce, de la présence et du chien, même si l'auteur leur fait parfois jouer les utilités. C'est que sa thèse s'illustre tout entière dans le personnage du docteur Jean Marcellin, praticien comblé et mari volage en proie à l'ennui de la routine conjugale.

Un emploi idéal pour Pascal Racan, qui mène ici le jeu avec maestria. Lassé des faux-semblants de la vie bourgeoise, il propose à son épouse - Manuela Servais, très en verve elle aussi - de faire «vie à part», étant entendu qu'ils font déjà chambre à part. Face à la soudaine volonté de son mari de révolutionner leur existence et de s'entourer de jeunesse, elle suggère qu'il prenne comme secrétaire le fils de leurs amis, Fernand Worms. Lui ne l'entend pas de cette oreille, qui a déjà trouvé une jeune femme pour occuper le poste...

Cruelles révélations

Alors que les amis en question sont réunis pour un dîner au logis des Marcellin et que le maître de céans tarde à venir, arrive son veston au bras d'un énigmatique porteur. Dans une des poches, un testament que l'on s'empresse d'ouvrir - craignant que son rédacteur ne se soit suicidé -, lequel renferme de bien cruelles et surprenantes révélations. La comédie de moeurs est acérée; chaque protagoniste en prend pour son grade.Christian Labeau s'amuse visiblement dans le rôle du cocu d'anthologie. Thibaut Nève joue les godelureaux délurés, Jacques Viala campe un domestique chevronné, c'est-à-dire rompu à toutes les frasques des maîtres. On ne s'ennuie pas une seconde et l'on ressent même des émotions vraies, comme dans la scène d'élucidation entre Pascal Racan et Claire Tefnin, une comédienne décidément fine et sensible que l'on ne voit pas assez souvent dans nos théâtres.

© La Libre Belgique 2005


Bruxelles, Théâtre royal des Galeries, jusqu'au 22 mai (de 8 à 22 €). Infos & rés.: tél. 02.512.04.07