"L'Européenne" : musique et parodie

L'Europe, pour ses citoyens, comme pour ses artistes, c'est à la fois un vide (de sens, de proximité, de générosité) et un trop-plein (d'administration, de langues, de pays). Un vaste melting-pot confus, sans âme, sans symboles forts pour émouvoir et rassembler.

Christian Jade

L'Europe, pour ses citoyens, comme pour ses artistes, c'est à la fois un vide (de sens, de proximité, de générosité) et un trop-plein (d'administration, de langues, de pays). Un vaste melting-pot confus, sans âme, sans symboles forts pour émouvoir et rassembler. Luxembourg, ville européenne de la culture 2007, a donc passé commande à un Français, David Lescot, et à un Belge, Charlie Degotte, pour écrire, mettre en musique et en scène une parodie de ces dysfonctionnements européens.

On assiste à une revue de cabaret comique, avec un fil conducteur - renouveler l'hymne européen, l'"Ode à la joie" de la Neuvième de Beethoven - et un projet utopique - trouver un langage commun permettant de surmonter l'obstacle de ces 24 langues officielles pour 27 pays. Les personnages donnent une idée de la folie douce régnant sur le plateau. On voit surgir, comme des Dupont Dupont "femelles", une déléguée européenne psychorigide, flanquée en permanence d'une linguiste belge acharnée à défendre un système inefficace de "compréhension passive". Leur belle énergie est désespérément inutile. Superbe composition d'Isabelle Dumont et Olga Grunberg. Un compositeur (Patrick Waleffe) se targue de remplacer la Neuvième de Beethoven, l'hymne européen, par ses pauvres notes tout juste bonnes à servir de fond sonore à un supermarché. Il sombrera dans le ridicule, lâché par son maigre orphéon. D'autres personnages comiques convaincants : un accordéoniste polonais à la touche irrésistible, un performer portugais très agile de son corps, multilingue impressionnant et obsédé sexuel léger. Ou encore cette installatrice allemande obsédée juchée sur une échelle qui en fait un objet sexuel tout trouvé pour notre souple Portugais.

Le scénographe Johan Daenen a mitonné à son complice Charlie un décor mi-géométrique, mi-surréaliste avec des trouvailles délicieuses comme cette jolie paire de gambettes féminines sorties d'un tableau de Magritte et qui servent à détruire des papiers administratifs. Le comique de répétition, l'alternance de danse, chant, pantomime et autres petites trouvailles à la Degotte commencent par nous enchanter. Puis la force comique de l'histoire s'épuise doucement malgré quelques saillies qui relancent le schmilblick. Le texte de David Lescot et ses didascalies semblent enfermer Charlie dans un carcan dont il a peine à se dépêtrer. L'imaginaire de l'un, un peu verbeux, ralentit la machine à images de notre clown surréaliste. Le public liégeois n'a pas boudé son plaisir. "L'Européenne" a encore une belle vie devant elle, de Luxembourg à Thionville et Trèves avant d'atterrir à Wolubilis.


Liège, au Théâtre de la Place, du 20 au 29 septembre, 04-342.00.00, Web www.theatredelaplace.be Bruxelles, à Wolubilis, du 24 au 26 octobre, 02/761.60.30. Web www.wolubilis.be