Une farce allemande universelle

Reconnu par ses pairs de son vivant mais saboté par Goethe, Heinrich von Kleist se suicida en 1811, à l'âge de 34 ans, méconnu du public de son temps. Acclamé, depuis, par les germanistes comme le plus grand styliste de la langue allemande, au-dessus de Goethe et de Schiller, il a laissé une oeuvre multiple et féconde.

Philip Tirard

Reconnu par ses pairs de son vivant mais saboté par Goethe, Heinrich von Kleist se suicida en 1811, à l'âge de 34 ans, méconnu du public de son temps. Acclamé, depuis, par les germanistes comme le plus grand styliste de la langue allemande, au-dessus de Goethe et de Schiller, il a laissé une oeuvre multiple et féconde. Son théâtre est marqué au sceau de la diversité et de l'excellence : "Penthésilée", "Le Prince de Hombourg" mais encore un essai pénétrant, "Sur le théâtre de marionnettes".

"La Cruche cassée" est l'unique comédie de l'écrivain, inspirée par une estampe représentant une salle de justice où se faisaient face une vieille femme portant une cruche cassée et un juge à l'air grave trônant sur son siège. Il n'en fallait pas plus pour enflammer l'imagination de Kleist, obsédé par la figure du justicier confondu par la Justice-même qu'il est tenu de faire respecter.

Le metteur en scène français Frédéric Bélier-Garcia, aujourd'hui directeur du Centre dramatique national Pays de Loire à Angers (avec lequel Namur coproduit le spectacle), reprend l'adaptation écrite par Arthur Adamov pour Roger Planchon en 1954. Il s'est composé une distribution franco-belge, dans laquelle on reconnaîtra notamment Noémie Dujardin et Jan Hammenecker (le juge Adam), pour défendre cette "comédie furieuse", cette "farce céleste", "comme un fait divers grotesque et sulfureux"...

Le juge Adam est, en effet, un personnage on ne peut plus moderne et emblématique de l'oeuvre de Kleist, perdu entre le réel et l'imaginaire, individu rendu insignifiant par la machine sociale. Que l'oeuvre de Kleist ait pu être revendiquée tant par les nazis que par les communistes au XXe siècle apparaît comme le plus sûr témoignage de sa profonde singularité.


Namur, Théâtre royal, du 8 au 19 janvier. Infos : 081.226.026 ou www.theatredenamur.be.

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