Kirikou, élégance et magie

Adaptation scénique réussie de "Kirikou et la Sorcière". Une comédie-ballet suivie de près par Michel Ocelot et Wayne McGregor. L'Afrique magnifiée par la musique, les corps, décors et costumes, d'une belle sobriété. En avril à Forest National.

Kirikou, élégance et magie
©D.R.
caroline gourdin

Correspondante à paris

Kirikou n'est pas grand mais il est vaillant."

La mélodie, lancinante, n'a pas quitté l'esprit des centaines de milliers d'enfants et de parents charmés par le petit Africain. "Kirikou n'est pas grand, mais c'est notre enfant." Plus de dix ans après le succès phénoménal du film "Kirikou et la Sorcière", voilà que ce gamin obstiné et courageux, qui sauve son village de la méchanceté de la sorcière Karaba, prend vie dans une comédie musicale, "Kirikou et Karaba".

Monté à la Maison de la danse de Lyon avec cinq millions d'euros, et sur la scène du Casino de Paris jusqu'au 31 décembre, le spectacle s'apprête à partir en tournée, et sera de passage à Bruxelles le 5 avril. Une "comédie-ballet" selon les mots de Michel Ocelot, créateur de Kirikou, tout aussi envoûtante que le film d'animation, auquel elle demeure très fidèle.

"L'idée de la comédie musicale ne vient pas de moi. C'est le producteur du film Didier Brunner qui a souhaité exploiter le filon jusqu'au bout, mais cette idée m'a beaucoup plu, parce que cela correspondait à une des choses que je voulais faire : célébrer la beauté de l'Afrique noire. Et là, vous la voyez avec des artistes africains ou d'origine africaine qui savent se tenir, parler, bouger, danser, jouer sur scène", s'emballe Michel Ocelot. Pour mener à bien l'entreprise, Brunner et Ocelot ont ensuite contacté Victor Bosch, entrepreneur de spectacles vivants, producteur notamment des comédies musicales "Notre-Dame de Paris" et "Le Petit Prince". Et ont fait appel au chorégraphe britannique Wayne McGregor, artiste résident au Royal Ballet de Londres. "Je suis officiellement le librettiste et le parolier. J'ai choisi les comédiens, dirigé les interprétations du texte qui est le mien, suivi l'aventure du spectacle du début à la fin. Mais j'ai toujours travaillé avec Wayne McGregor, le metteur en scène, en lui disant "C'est toi le capitaine", précise Michel Ocelot.

Faire vivre Kirikou

Dès le départ, un problème de prime abord insoluble s'est posé : celui de faire vivre l'enfant Kirikou sur scène. "Comment incarner un petit enfant tout nu et qui, en cours de route, se transforme en beau jeune homme devant tout le monde ? Wayne a pensé au bunkaru, théâtre de marionnettes japonais. La marionnette est manipulée par trois marionnettistes qui ne se cachent pas. J'avais peur qu'on ne puisse intéresser un public pendant deux heures avec des bouts de plastique qu'on bouge. Eh bien si, cela dépasse mes attentes, je ne le quitte plus des yeux !" A la manière d'un dessin animé, les paupières de Kirikou bougent, ce qui confère à ses grands yeux éveillés sur le monde beaucoup d'humanité.

Formé pendant dix jours à la manipulation sur des prototypes de marionnettes, puis entraîné pendant deux mois à créer tous les mouvements de Kirikou, Legrand Bemba-Debert, danseur et comédien autodidacte de 27 ans, né au Congo, incarne aussi Kirikou à 20 ans. "Pour que Kirikou vive, il faut savoir s'abandonner, tout lui donner, ses émotions, ses sentiments, et apprendre à s'écouter entre marionnettistes. Cela fait dix ans que je cours derrière les castings, que j'essaie de vivre à travers la danse. Kirikou m'a apporté beaucoup de choses humainement parlant, et m'a rapproché de mes racines, de l'Afrique où je suis né mais n'ai pas grandi", confie-t-il.

Hip hop et danse africaine

Autour du petit Kirikou, vingt et un artistes, danseurs, comédiens, chanteurs, que la directrice de casting Maguy Aime est allée chercher dans le monde du hip hop et de la danse africaine. Ils incarnent la richesse de toutes les cultures du continent : Togo, Cameroun, Côte d'Ivoire, Mali, Sénégal, Nigeria... Et cette comédie musicale célèbre l'Afrique dans des tableaux de toute splendeur, tout en restant d'une grande simplicité, dans des formes épurées, baignés de lumière ocre et orangée. Tantôt les personnages se détachent en ombres chinoises, tantôt les couleurs éclatent sur des décors luxuriants mais toujours sobres, élégants.

Le récit, limpide pour les enfants, suit les aventures de Kirikou, qui demande sans relâche : "Pourquoi Karaba est-elle méchante ?" La source du village a été asséchée, les hommes ont été mangés, les enfants sont menacés, mais Kirikou est le seul qui osera affronter la sorcière, belle et terrifiante, entourée de fétiches, et trouvera le secret qui la ronge. C'est la comédienne et chanteuse malienne Fatoumata Diawara qui incarne et porte cette femme flamboyante : "Ce n'est pas une sorcière. C'est un être humain, une femme comme les autres. Elle m'a parlé comme ces mères qui ne disent jamais ce qu'elles ressentent. Je la défends comme les femmes qui ont besoin d'aide à travers le monde. C'est une histoire forte, un conte comme tous les contes du monde, pas un conte tout noir."

Composée à Bamako avec une équipe africaine, la musique a été associée à une touche électronique contemporaine, apportée par Scanner, un plasticien sonore anglais, pour les plages atmosphériques. De nouvelles chansons, dont trois permettent de développer le personnage de Karaba, ont été écrites par Michel Ocelot et composées par Christophe Minck, qui a également adapté les chansons originales de Youssou N'Dour. Le mariage de ces influences, que l'on retrouve dans les chorégraphies, est très réussi. Une fois de plus, la magie opère. "Kirikou est petit mais il peut beaucoup."

"Kirikou" à Forest National, Bruxelles, le 5 avril : tél. 0900.00.456, web www.clive.be

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