La Pina Bausch de l'Orient

A Séoul, l'Institut des arts traditionnels, le musée national, ou encore, le théâtre national et ses quatre grandes salles, ont des infrastructures neuves et très riches, un peu lourdes et ostentatoires.

Guy Duplat
La Pina Bausch de l'Orient
©Guy Duplat

A Séoul, l'Institut des arts traditionnels, le musée national, ou encore, le théâtre national et ses quatre grandes salles, ont des infrastructures neuves et très riches, un peu lourdes et ostentatoires. Mais il existe aussi dans la capitale coréenne, de petites structures contemporaines dynamiques et reconnues sur la scène internationale. Comme la compagnie de la chorégraphe Ahn Eun-Me, qui opte résolument pour un art actuel secouant toute velléité de cultiver l'exotisme extrême-oriental.

Son studio est situé en dessous d'un garage, un peu à l'image de Pina Bausch dont les studios de répétition, à Wuppertal, sont situés au-dessus d'un simple Mc Donald's ! On y découvre une vingtaine de danseurs en survêtements colorés qui font des exercices d'assouplissement. Quand arrive Ahn Eun-Me, on est au coeur d'un ouragan d'énergie et de paroles. Elle sera à Bruxelles en février (lire ci-contre) dans le festival "Made in Korea" du Palais des Beaux-arts pour présenter "Princess Bari", qu'elle jouera déjà à la mi-novembre à Wuppertal pour la grande fête de la danse organisée pour la quatrième fois par Pina Bausch dont elle est une "copine". "On s'est rencontré il y a huit ans et on a discuté toute la nuit dans un café", dit-elle. Elle l'appelle "Soeur".

Outre son débit comme une éruption, son physique détonne : "Je suis populaire en Corée par mon allure, dit-elle en riant. On me prend pour une nonne bouddhiste parce que je suis rasée et que je porte des vêtements superposés de style divers, comme le font les Gitans. Je suis bien loin du look obligatoire des femmes coréennes avec leurs longs cheveux peignés".

Un "Sacre du printemps"

Durant notre visite, on assiste à une répétition du "Sacre du printemps" de Stravinsky, une nouvelle production. Les danseurs y ont une énergie exceptionnelle : mouvements audacieux, usage de grands bambous, perfection des gestes. On est dans la danse contemporaine mais avec, au-delà de tout exotisme, un accent coréen manifeste. Mais n'a-t-elle pas peur de se lancer dans un "Sacre" après ceux, magistraux, de Béjart et Pina Bausch ? "J'envisage cette pièce autrement. Chez moi, il n'y a pas le choix d'une victime expiatoire qui sera sacrifiée pour que le printemps advienne. Il n'y a pas de sacrifice personnel. Ce sont les 15 danseurs, tous ensemble, qui doivent résoudre le problème. Et les mouvements ne sont pas en extériorité mais en cercle. J'utilise le rond et le mouvement sans début ni fin, l'infini, qui est spécifique à nos cultures. Ce qui est important, c'est d'abord ce que chaque danseur ressent dans son corps. Les bambous sont une référence classique dans les arts orientaux. Ils expriment le lien avec le ciel. "

Il y a quelques années, Pina Bausch et sa compagnie avaient passé plusieurs semaines en Corée dont elle avait ensuite, tiré un superbe spectacle.

Pour Ahn Eun-Me, "l a danse est ma respiration. Vivre sans danse serait comme vivre sans oxygène. Et ce que je considère comme le plus important dans la danse est la vitalité et l'énergie exprimée dans le mouvement. Je réalise des spectacles dynamiques et plein de couleurs qui veulent stimuler l'imagination".

Elle étudia la danse traditionnelle coréenne à partir de 12 ans. "Mais à 16 ans, j'ai fait la révolution, celle de la liberté et j'ai été à New York pendant 8 ans, de 1992 à 2000." Elle étudia les arts à l'université de New York. Elle revint en Corée en 2001 pour diriger la "Daegu City Modern Dance troupe" et créer sa propre compagnie.

Elle combine les styles de danse, occidentaux et orientaux, d'une manière typiquement d'avant-garde. Avec humour et finesse. "J'apprends d'abord à l'Ouest et puis je reviens dans mon pays et m'inspire de notre culture." Dans "Princess Bari" qu'on verra au Bozar, elle met en lumière une figure célèbre d'un conte chamanique. Septième fille d'un couple royal désirant un fils, Bari est un enfant abandonné. Avec 15 danseurs, chanteurs et musiciens pour un spectacle garanti haut en couleurs.

Un solo de Larbi Cherkaoui

Ahn Eun-Me voyage beaucoup et connaît Anne Teresa De Keersmaeker, Wim Vandekeybus et Sidi Larbi Cherkaoui. Ce dernier vient de triompher à Avignon avec "Sutra", spectacle réalisé avec des moines chinois. Il est invité à Séoul pour créer un solo pour un danseur coréen, qu'on pourra aussi découvrir en 2009 au Bozar. La chorégraphe et sa productrice sont souvent à Avignon comme le metteur en scène Jung Ung Yang qui présentera un Shaekespeare à la sauce coréenne. Il est un ami, dit-il, de Jan Fabre qui est venu à Séoul présenter son grand spectacle "L'histoire des larmes".

(Demain, suite de notre reportage)


Les arbres, rien que les arbres... Des pins, encore des pins. Tordus, traçant dans la brume du matin comme des calligraphies anciennes, des signes tracés par un peintre inspiré. Le photographe Bae Bien-U, aime partir à l'aube quand le brouillard nappe encore les bois. Il réalise de grands formats, toujours en noir et blanc, de ces forêts étranges. Exposé dans le monde entier, Elton John vient de lui acheter une photo. " Le pin est un élément capital de notre pays et de notre culture. Les photos que j'exposerai au Bozar ont toutes été prises dans la région de Gyeongju, l'ancienne capitale du royaume. Le pin est le matériau de nos maisons, il est même utilisé dans les gâteaux. Et leurs formes dans la brume rejoignent les signes des calligraphes anciens. Ce sont des danseurs, des reptiles." La photo comme art contemporain est récente en Corée. Il a fallu attendre l'ouverture démocratique des années 90 pour que l'on sorte d'un art souvent nationaliste et que le pays s'ouvre aux courants actuels. Bae Bien-Du est un autodidacte, il avait étudié à l'université, le design visuel. Il admire Man Ray et Moholo Nagy. Ses photos d'arbres, mais aussi de montagnes et de mer, où jamais on ne voit un humain, ont amené un critique allemand à le comparer au plus romantique des peintres, Caspar Friedrich. G.Dt, à Séoul