"Lorenzaccio" : agir ou ne pas agir ?

Une fois n'est pas coutume : vendredi soir, Daniel Scahaise arborait costume et cravate pour recevoir ses invités à la soirée de gala pour le 10e anniversaire du Théâtre de la place des Martyrs. Billy Fasbender, président du conseil d'administration, ouvrit une courte rafale de discours, le ministre Didier Gosuin, un représentant de la ministre Fadila Laanan et Scahaise lui-même lui succédant notamment à la tribune.

Philip Tirard

Une fois n'est pas coutume : vendredi soir, Daniel Scahaise arborait costume et cravate pour recevoir ses invités à la soirée de gala pour le 10e anniversaire du Théâtre de la place des Martyrs. Billy Fasbender, président du conseil d'administration, ouvrit une courte rafale de discours, le ministre Didier Gosuin, un représentant de la ministre Fadila Laanan et Scahaise lui-même lui succédant notamment à la tribune.

Chacun se réjouit de voir cet outil culturel tenir haut le patrimoine francophone sur cette belle place jadis sacrifiée à la rentabilité des promoteurs immobiliers. Originale, la formule du compagnonnage des troupes nous valut encore quelques mots de Christine Delmotte, animatrice de Biloxi 48 et de Philippe Sireuil, dernier arrivé parmi les "compagnons", avec sa structure "La Servante".

Place fut faite ensuite au théâtre, avec cette grande pièce du répertoire romantique français qu'est "Lorenzaccio" d'Alfred de Musset. Lorenzo, c'est un peu le Hamlet français, aussi ne s'étonnera-t-on pas de trouver Emmanuel Dekoninck, qui joua dans la même salle le mélancolique prince danois de Shakespeare, dans le rôle du désabusé régicide florentin. Il y fait une de ses compositions dont il a le secret, fébrile sous un faux détachement.

Son Lorenzo est ambigu à souhait, sceptique et désespéré mais résolu à agir, envers et contre tout (et surtout lui-même). Il captive l'assistance dans les grands monologues et dans sa longue scène avec le républicain Philippe Strozzi, incarné par un hiératique Bernard Marbaix. Les échanges entre le cardinal et la marquise de Cibo offrent à Stéphane Ledune et Hélène Theunissen de beaux moments d'ironie, de cynisme et de cruauté froide.

A côté de cela, il y a de vraies faiblesses. Les sarabandes dionysiaques des masques paraissent bruyantes et appuyées. Le duc de Jean-Henri Compère tient plus du soudard en maraude que du débauché princier de la Renaissance. Le peintre Tebaldeo et le spadassin Scoronconcolo de Christophe Destexhe manquent de consistance. D'une manière générale, les actions secondaires tissées par l'auteur peinent à prendre existence et corps dans ce spectacle non dénué de longueurs.

Pour résoudre la rapide succession des divers lieux de l'action, Daniel Scahaise a imaginé un décor à panneaux coulissants permettant d'ouvrir plusieurs espaces dans la profondeur du plateau. Revers de la médaille de cette austère beauté formelle : les scènes jouées au fond obligent à tendre l'oreille.

Reste le climat de violence et de poésie désenchantée de l'oeuvre, rendues avec sincérité par Emmanuel Dekoninck - parfois à la limite d'un certain maniérisme - et par de belles lumières crépusculaires, dignes du Tintoret.

Bruxelles, Théâtre de la place des Martyrs, jusqu'au 25 octobre. Tél. : 02.223.32.08.