Dom Juan, animal pulsionnel

Philippe Torreton choisit un grand classique pour sa première mise en scène : "Dom Juan" de Molière.Il interprète aussi le rôle-titre qu'il a souhaité rendre "plus humain". Au Théâtre Saint-Michel, samedi 18 octobre.

camille perotti
Dom Juan, animal pulsionnel
©TANGUY JOCKMANS

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Montée en septembre 2007 au Théâtre Marigny, à Paris, "Dom Juan ou le festin de pierre" de Molière est la première mise en scène de Philippe Torreton. Acteur de cinéma mais surtout homme de théâtre, marqué par la Comédie-Française qu'il a quittée en 99 à grands bruits, sa mise en scène semble faire preuve d'un classicisme vertueux, digne de l'institution où il a fait ses classes. Interprétant le rôle-titre, Philippe Torreton a souhaité rendre son humanité - et sa faiblesse - à ce personnage souvent sacralisé. Avec Jean-Paul Farré en Sganarelle à ses côtés pour un tandem de choc, le comédien se dit aussi ému par les autres personnages.

Pour une première mise en scène, vous choisissez un grand classique. Vous y pensiez depuis longtemps ?

Depuis le conservatoire ! J'avais travaillé certaines scènes qui n'ont cessé de me fasciner. "Dom Juan" est une pièce très mystérieuse. J'ai toujours pensé que si je mettais en scène un spectacle un jour, ce serait celui-ci. Et le jour est arrivé où Robert Hossein m'a donné carte blanche pour son théâtre. Alors je me suis beaucoup documenté et je me suis lancé mais je n'arrivais pas à me décider entre la mise en scène et l'interprétation de Dom Juan. J'ai finalement décidé de faire les deux.

Concrètement, comment cela s'est passé ? Comment jouer et mettre en scène alors que Don Juan apparaît dans presque toutes les scènes ?

Je me suis entouré. J'ai travaillé avec un metteur en scène et un comédien qui me connaît depuis 20 ans. Ils formaient un regard extérieur. Le matin, je jouais le rôle de Dom Juan, seul, et l'après midi et j'étais à la mise en scène mais, évidemment, j'ai fait beaucoup d'allers-retours entre la scène et la salle et c'était assez compliqué.

Qui est "votre" Dom Juan ?

J'ai souvent entendu des choses sur Dom Juan que je ne voyais pas. Comme le fait qu'il brave la mort ou qu'il soit athée. Michel Bouquet m'a dit un jour : "Dom Juan est un petit con". Je crois qu'il a raison, on l'a trop sacralisé en faisant de lui quelqu'un qui en savait plus qu'il n'en disait. Je voudrais donc montrer un homme plus jeune, plus humain, plus fou, plus inconscient, plus immature, plus gosse de riche, qui se moque des conventions, des manières, du respect du père, des liens du mariage, une sorte d'animal pulsionnel. Dom Juan est presque un antihéros : rien de ce qu'il entreprend n'aboutit. Il vit au jour le jour. J'aime surtout tous les autres personnages qui symbolisent la société de l'époque. Pierrot et Charlotte sont incroyablement touchants et la vraie héroïne, c'est peut-être Elvire.

Quels sont vos choix de mise en scène ?

Personne ne peut prétendre innover avec une pièce si "intouchable". J'ai donc souhaité respecter l'époque. Le décor, assez dépouillé, sobre, est caractérisé par un plancher en pente qui rend les entrées en scène plus vives, les perspectives plus belles. Cela isole, crée des distances qui symbolisent les relations - comme Elvire, éloignée, tout en haut qui observe Dom Juan, fier et proche du public, en bas. La seule liberté que j'ai prise concerne les costumes : ils sont un peu plus Louis XIII que Louis XIV. Ternes, foncés, ils représentent une société engoncée dans la religion.

Récemment, on vous a vu agir en politique. L'engagement est indissociable de l'artiste ?

J'ai du mal à comprendre ce que serait un artiste non engagé. Cela ne se concrétise pas forcément comme moi je le fais mais être artiste, c'est un regard sur le monde, une quête de sens.


Bruxelles, Théâtre Saint-Michel, le 18 octobre. De 20 à 55 €. Tél : 02.732.70.73. Web www.theatrales.be