Haïm et Sivadier voient les Noces en joyeux

Le Concert d'Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm, est en résidence à l'opéra de Lille, il lui revenait naturellement d'ouvrir la saison. Le choix s'est porté sur les "Nozze di Figaro" de Mozart - premier Mozart abordé par Haïm - dans la mise en scène de Jean-François Sivadier, homme de théâtre avant tout, dont le passage au lyrique se fit à Lille, avec "Madama Butterfly" (2004) et "Wozzeck" (2007).

Martine D. Mergeay

Le Concert d'Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm, est en résidence à l'opéra de Lille, il lui revenait naturellement d'ouvrir la saison. Le choix s'est porté sur les "Nozze di Figaro" de Mozart - premier Mozart abordé par Haïm - dans la mise en scène de Jean-François Sivadier, homme de théâtre avant tout, dont le passage au lyrique se fit à Lille, avec "Madama Butterfly" (2004) et "Wozzeck" (2007). Pour aborder cette partition complexe et supersonique, Sivadier a imaginé une sorte de "work in progress" où les machinistes occupent le plateau, où les choristes gèrent les accessoires, où les toiles de décors son manœuvrées à vue, où tout semble procéder de l'essai alors que chaque effet est millimétré, que tout fait sens. La direction d'acteur atteste une fois encore que, bien guidés, les chanteurs peuvent être de formidables comédiens, les costumes, hors du temps, soutiennent la caractérisation des personnages, et les lumières forment un somptueux contrepoint au côté technique du visuel. Avec Mozart, Sivadier veut croire en l'amour universel et il le fait avec légèreté, drôlerie et naturel. Maîtres et valets devenus égaux face à la violence du désir, ne subsiste comme écart que l'objective lutte de classes, rappelée avec une cruelle ironie par les chœurs (de l'opéra de Lille), mais le happy end est bien au rendez-vous, dans un finale "inondé par la grâce". La direction d'Emmanuelle Haïm épouse l'approche optimiste de Sivadier, par l'alacrité contrôlée des tempos, par la couleur résolument claire de l'orchestre où les cordes, très expressives, sont relativement peu nombreuses, par les facéties du pianoforte de Benoît Hartouin, et par ce qui reste une spécialité chez cette continuiste chevronnée : son contact organique avec les chanteurs. La distribution, enfin, offre à toutes ces propositions une vie et une vérité réjouissantes. Rien que des chanteurs jeunes et crédibles, rien que de très belles voix. Les valets sont champions avec la Canadienne Hélène Guilmette dans le rôle de Susanna, assurée, musicale, excellente comédienne, et le Britannique Matthew Rose dans celui de Figaro, impressionnant d'abattage et d'engagement, alternant des récitatifs quasi parlés, fluides et expressifs, et des airs d'un lyrisme tout puissant (avec parfois des troubles d'intonation); les maîtres sont moins assortis avec l'imposante comtesse de la soprano américaine Nicole Haeston, voix noble et aigus lumineux, et le comte déjanté (mais très séduisant) du baryton sud-africain Jacques Imbrailo. En Chérubin speedé, l'Américaine Kate Lindsey fait valoir une voix agile et saine, et un fameux don de scène (sauf lorsqu'elle en fait trop), Paolo Battaglia est un Bartholo trop faible, de prestance et de voix, Anne Mason, campe Marceline avec aplomb, et, dans le rôle voulu ici ambigu de Don Basilio, Cyril Auvity se révèle une des recrues les plus intéressantes de la distribution. Avec encore Carl Ghazarossian (Don Curzio) et la gracieuse Hanna Bayodi-Hirt (Barberine).


Opéra de Lille, 2, rue des Bons Enfants, 59 001, Lille, les 17 et 23 octobre à 20 h, le 19 octobre à 16 h. Infos : +33-(0)820.48.9000.