L'avenir des Halles en question

Le paradoxe est cruel : le festival "Masarat" sur la Palestine bat son plein et connaît un grand succès public et médiatique. Et ce sont les Halles qui sont au centre de ce projet. Pourtant, hier, Fabienne Verstraeten, la directrice des Halles et commissaire de Masarat, a tiré la sonnette d'alarme. Les Halles, dit-elle, sont forcées de fermer leurs portes en novembre et décembre, arrêtant pendant deux mois toutes activités et termineront l'année avec un budget en déficit de 100000 euros. Pour 2009, rien n'est acquis et les incertitudes sont nombreuses. Fabienne Verstraeten attend une réponse de la ministre de la Culture de la Communauté française (CF) pour le 15 novembre.

Guy Duplat
L'avenir des Halles en question
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Le paradoxe est cruel : le festival "Masarat" sur la Palestine bat son plein et connaît un grand succès public et médiatique. Et ce sont les Halles qui sont au centre de ce projet. Pourtant, hier, Fabienne Verstraeten, la directrice des Halles et commissaire de Masarat, a tiré la sonnette d'alarme. Les Halles, dit-elle, sont forcées de fermer leurs portes en novembre et décembre, arrêtant pendant deux mois toutes activités et termineront l'année avec un budget en déficit de 100000 euros. Pour 2009, rien n'est acquis et les incertitudes sont nombreuses. Fabienne Verstraeten attend une réponse de la ministre de la Culture de la Communauté française (CF) pour le 15 novembre.

"Cela ne m'intéresserait pas de devoir travailler de manière médiocre", dit-elle. "Masarat a montré que nous étions une belle plate-forme pour parler du monde."

Fabienne Verstraeten interpelle le politique par de multiples questions : "Quelle place veut-il donner aux Halles et à son projet ? Comment ce projet artistique est-il ressenti ? Est-il bien et nécessaire à la CF ? Nous avons le sentiment que les Halles sont par contre, très bien reconnues au niveau européen et intégrées dans des réseaux internationaux. Elles promeuvent à l'international nos artistes et montrent à notre public des artistes émergents venus d'ailleurs. J'avais cru que le succès de Masarat ouvrirait les portes. Comment la CF se profile-t-elle à l'égard du très contemporain ? Va-t-elle laisser le champ libre sur Bruxelles, à la Flandre qui subsidie déjà majoritairement le Kunstenfestivaldesarts et le Wiels et qui organise seule la Biennale des arts qui s'ouvre ce week-end ? Pourquoi ne peut-on aider des chorégraphes aussi importantes internationalement qu'Isabella Soupart et Olga de Soto ? Quelle place pour la culture à Bruxelles ?"

Le paradoxe est aussi que le cabinet de la Culture a toujours répété qu'il approuvait pleinement l'action des Halles et leur projet. Il les a même aidées, avec bonne volonté, à trouver des "rabiots", sous formes d'aides ponctuelles (quand même 190000 euros cette année), mais sans jamais trancher sur le fond.

Car le problème est vieux et connu : les Halles sont un magnifique outil, mais cher à gérer et à entretenir. Les subsides (1,2 million d'euros par an et 123000 euros de la Loterie) servent juste à couvrir les frais de personnel et de fonctionnement. La précédente directrice, Annick de Ville, l'avait déjà dit : il faut y ajouter un budget pour le culturel.

Quand elle est arrivée à la tête des Halles, il y a 3 ans, Fabienne Verstraeten fut claire : il fallait dans le cadre du nouveau contrat-programme, 500000 euros pour le culturel. Personne n'a contesté cette nécessité, mais rien n'y a fait. Au point qu'en janvier, le conseil d'administration des Halles a dû accepter un budget 2008 en déficit de 300000 euros afin de ne pas tuer le projet des Halles. Celles-ci ont pu ramener ce déficit à 100000 euros, mais le problème reste entier pour 2009 et les années suivantes. Il faut, dès 2009, 400000 euros de plus (pas question de mettre le budget en déficit). Et faire croître cette somme à partir de 2011. Le cabinet a laissé entendre qu'il pourrait trouver 100000 euros. Bien trop peu, a estimé le C.A. C'est l'avenir d'un projet culturel acclamé aujourd'hui qui est en jeu.